
Si Charlemagne vivait aujourd'hui
Si Charlemagne vivait aujourd'hui, il présiderait un conseil continental fusionnant union politique et commandement militaire, finançant une renaissance de prestige tout en imposant la conformité.
Il passa plus de trente ans à combattre le même ennemi sur la même frontière et, lorsqu'il finit par l'emporter, offrit aux vaincus deux choix : le baptême ou la mort. Il fit aussi venir un moine d'York pour diriger son école palatine, ordonna aux monastères de tout son territoire de recopier les textes classiques dans une nouvelle écriture, plus claire, afin que les scribes cessent de les corrompre, et il aurait, dit-on, gardé un jeu de tablettes à écrire sous son oreiller dans sa vieillesse, s'exerçant à tracer ses lettres comme un homme bachotant pour un examen qu'il n'allait pas réussir. Ces deux faits sont vrais de la même personne. Ni l'un ni l'autre n'annule le second.
Charlemagne est habituellement classé dans la catégorie « grand unificateur », ce qui est exact et fait un travail discret pour maintenir la partie unification bien séparée de l'épée qui l'a rendue possible.
Le personnage historique
Charles naquit vers 747 ou 748, peut-être dès 742, les sources divergent et personne aujourd'hui ne peut trancher, fils de Pépin le Bref, qui s'était déjà fait roi des Francs avec la bénédiction du pape. Charles devint roi unique en 771 après la mort de son frère Carloman, dont la veuve s'enfuit avec ses fils plutôt que de contester la succession, ce qui résolut un problème de succession qui aurait très bien pu tourner autrement.
Ce qui suivit fut environ quatre décennies de campagnes quasi continues. Il écrasa le royaume lombard en Italie du Nord en 774 et s'en appropria la couronne. Il poussa jusque dans l'Espagne musulmane avec des résultats mitigés, plus tard mythifiés dans la très romancée Chanson de Roland. Il combattit les Avars à l'est. Mais la campagne qui le définit, et dont les historiens débattent encore la moralité, fut menée contre les Saxons.
Les guerres saxonnes se poursuivirent, par intermittence, de 772 à 804. Ce ne fut pas une conquête unique mais une occupation harassante et sans cesse remise en cause : les Francs battaient une force saxonne, imposaient le baptême et le tribut, se retiraient, et les Saxons se soulevaient de nouveau sous un chef comme Widukind pour défaire cet arrangement. La réponse de Charles s'aggrava jusqu'à une coercition religieuse explicite. Le Capitulatio de partibus Saxoniae, un code légal promulgué pour le territoire saxon occupé, prescrivait la mort pour refus du baptême, pour avoir mangé de la viande pendant le Carême selon l'ancienne coutume païenne, pour avoir incinéré les morts selon la coutume saxonne, et pour avoir comploté contre la domination franque. En 782, à la suite d'un soulèvement saxon, des sources franques rapportent que plusieurs milliers de captifs saxons, un chiffre généralement avancé autour de 4 500, bien que contesté et probablement gonflé par les chroniqueurs, furent exécutés à Verden. On s'en souvient sous le nom de massacre de Verden, et il ne fut pas accessoire au projet d'unification. Il en était le projet même, appliqué avec une force maximale à une population qui ne voulait se convertir ou se soumettre d'aucune autre manière.
Il fut couronné empereur romain germanique par le pape Léon III à Rome le jour de Noël de l'an 800. Éginhard, son biographe et un membre de sa propre cour, affirma plus tard que Charles avait été pris par surprise et ne serait pas entré dans l'église ce jour-là s'il avait su ce que le pape avait l'intention de faire, une affirmation que les historiens traitent avec scepticisme depuis plus de mille ans, un couronnement d'une telle ampleur ne se produisant généralement pas sans une coordination préalable considérable.
Il fut aussi, parallèlement à tout cela, le mécène de ce que l'on appelle aujourd'hui la renaissance carolingienne. Il recruta des érudits venus de toute l'Europe, le plus célèbre étant Alcuin d'York, pour diriger l'école palatine de sa cour et réformer l'éducation, la copie de manuscrits et l'alphabétisation latine dans l'ensemble de ses territoires. La minuscule caroline, l'écriture claire et standardisée que ses scriptoria développèrent et diffusèrent, explique pourquoi une grande part de la littérature latine classique a survécu jusqu'à nous : les humanistes de la Renaissance copièrent leurs textes classiques à partir de manuscrits de l'époque carolingienne, prenant cette écriture pour de l'écriture romaine antique. Selon le témoignage même d'Éginhard, Charles n'apprit jamais complètement à écrire, malgré ses efforts tardifs, bien qu'il sût lire et parlât couramment le francique, ainsi que le latin et un peu de grec. Il bâtit l'empire qui finança l'alphabétisation sans jamais devenir pleinement lettré lui-même.
Le rôle moderne
Placez-le en 2026 et l'intitulé du poste ressemblerait à Président du Conseil Continental Fédéré, une fonction qui fusionne la présidence d'une union politique de type européen avec le commandement suprême de sa force de défense commune, une seule et même charge tenant à la fois le marteau du président et le bâton du général, deux choses que les institutions modernes maintiennent séparées précisément à cause de gens comme lui.
La machinerie de conversion forcée des guerres saxonnes ne se transpose pas proprement, et elle ne doit pas être édulcorée en simple trait d'humour. L'analogue moderne honnête n'est pas exempt de violence : les territoires récalcitrants qui refusent le code réglementaire commun du Conseil, sa monnaie et son dispositif de sécurité font face à des barrières tarifaires, à des fonds d'adhésion gelés et, dans les régions frontalières les plus résistantes, au déploiement de la force conjointe sous un mandat de maintien de la paix qui, vu du terrain, ressemble fort à une occupation. La conformité n'est pas optionnelle et la pression n'est pas douce. Elle est simplement plus lente et moins visiblement meurtrière qu'un code légal prescrivant l'exécution pour refus de baptême, ce qui reste d'un ordre entièrement différent et doit être nommé comme tel.
Aux côtés du bras répressif fonctionne le bras de prestige : une « Initiative Renaissance » généreusement financée qui recrute des chercheurs vedettes, finance une archive numérique unifiée standardisant les formats de documents à travers les institutions du bloc, et subventionne des partenariats universitaires ayant leur siège dans sa capitale personnelle. C'est, à tous égards, un authentique bien public. C'est aussi, sans équivoque, du soft power acheté avec la même autorité qui fait appliquer les barrières tarifaires.
La famille
Ses arrangements domestiques justifieraient à eux seuls un service de presse permanent. Il eut entre quatre et cinq épouses au cours de sa vie, le statut exact de sa première compagne, Himiltrude, étant contesté parmi les historiens, certains la considérant comme une épouse et d'autres comme une concubine, plus plusieurs concubines de longue durée par la suite, et quelque chose comme dix-huit à vingt enfants au total, dont seuls certains furent considérés comme des héritiers légitimes.
La version moderne ressemblerait à un feuilleton de succession dynastique déployé sur plusieurs divorces publics, au moins une annulation gérée avec la discrétion d'un homme qui comprend les apparences, et une famille recomposée assez vaste pour nécessiter son propre organigramme. La planification de la succession devient l'histoire interne la plus suivie du Conseil : des enfants issus de différentes unions, chacun avec sa faction de conseillers et d'alliés, manœuvrant en vue de la passation de pouvoir à venir. Historiquement, cela s'est réglé de justesse, deux de ses fils moururent avant lui et la succession se concentra sur un unique héritier survivant, Louis le Pieux, presque par élimination plutôt que par dessein. L'équivalent moderne dépenserait sans compter en avocats spécialisés dans la succession pour tenter d'éviter que cela ne se reproduise par accident.
Où il vivrait
Aix-la-Chapelle fut son choix pour ses sources chaudes, sa proximité avec ses territoires francs et saxons centraux, et son utilité comme siège permanent et symbolique plutôt que la cour itinérante que tenaient la plupart des rois de son époque. Il y fit bâtir la Chapelle palatine, délibérément modelée sur l'architecture byzantine et ravennate, une déclaration sans équivoque que cette ville provinciale revendiquait désormais l'héritage de Rome.
L'équivalent moderne est une ville-siège construite spécifiquement à cet effet, non pas la plus grande métropole du bloc mais son centre administratif et symbolique, avec un bâtiment signature en verre et acier attenant à une chapelle : un monument construit spécifiquement pour signifier que l'autorité réside désormais ici, en permanence, par conception plutôt que par accident de géographie.
Présence sur les réseaux sociaux
Le fil public est géré avec une réelle discipline. On y trouve des annonces de subventions de l'Initiative Renaissance, des photographies prises lors du partenariat universitaire phare, une série de vidéos multilingues fluides sur l'archive numérique de manuscrits, et de temps en temps une publication humanisante sur le fait qu'il continue, même aujourd'hui, de travailler son écriture. C'est le personnage du grand unificateur et mécène du savoir, produit avec professionnalisme et publié souvent.
Ce qui n'apparaît pas sur le fil : les images des opérations de la force conjointe dans les territoires récalcitrants, les chiffres de victimes des actions de contrôle des frontières, les termes des accords d'adhésion imposés aux régions qui ont résisté le plus longtemps. Ces histoires-là sont couvertes, mais par d'autres médias, dans d'autres langues, des jours ou des semaines plus tard, moment auquel le fil a déjà avancé de trois cycles avec quelque chose sur une exposition de manuscrits.
L'équivalent contemporain
Aucune figure publique vivante ne lui correspond exactement, et en nommer une flatterait ou calomnierait quelqu'un injustement. La comparaison honnête la plus proche est un archétype : un président de la Commission européenne fusionné avec un commandant militaire de type OTAN, avec une touche du dirigeant bâtisseur d'empire qui absorbe ses rivaux par acquisition plutôt que par traité, puis finance une aile culturelle de prestige pour blanchir la réputation de ces acquisitions. Ce composite, mi-régulateur, mi-général, mi-mécène, est la forme que prendrait Charlemagne s'il était construit à partir de rôles institutionnels d'aujourd'hui plutôt que d'individus d'aujourd'hui. C'est la fonction, et non une personne en particulier occupant actuellement une version de celle-ci, qui constitue le véritable analogue.
Pourquoi cela compte
La réputation de Charlemagne en tant qu'homme qui a bâti l'Europe survit largement intacte parce que la renaissance carolingienne a laissé de meilleures traces écrites que les guerres saxonnes, et parce que les vainqueurs d'une unification forcée ont tendance à rédiger les chroniques qui nous parviennent. Le massacre de Verden et les peines de mort du Capitulatio pour refus de baptême ne sont pas de simples notes de bas de page dans l'histoire d'un unificateur et mécène du savoir. Ce sont les conditions dans lesquelles cette unification s'est produite pour ceux qui l'ont subie.
La relecture moderne est utile surtout pour le malaise qu'elle révèle : les projets continentaux dont on se souvient comme des réussites du droit, de la culture et de l'administration reposent très souvent sur les mêmes fondations coercitives que ceux dont on se souvient comme des conquêtes, à ceci près qu'ils bénéficient d'une meilleure documentation et d'un délai plus long avant que la facture n'arrive. La chapelle d'Aix-la-Chapelle et les exécutions de Verden proviennent du même règne, financées par le même trône. L'histoire a surtout gardé la chapelle sur la carte postale et le champ de Verden dans les notes de bas de page. Ce tri mérite d'être remarqué plutôt que reproduit.
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Réponses rapides
Questions fréquentes sur ce sujet
Qui était Charlemagne ?
Charlemagne, ou Charles le Grand, était roi des Francs. Il unifia une grande partie de l'Europe occidentale au fil de décennies de campagnes militaires et fut couronné empereur romain germanique par le pape Léon III le jour de Noël de l'an 800. Il naquit vers 747 ou 748 (certaines sources suggèrent une date aussi précoce que 742) et mourut en 814. Il parraina une renaissance majeure du savoir et de la culture manuscrite connue sous le nom de renaissance carolingienne, tout en régnant depuis sa capitale d'Aix-la-Chapelle.
Qu'était le massacre de Verden ?
En 782, au cours des longues guerres saxonnes, des sources franques rapportent que plusieurs milliers de captifs saxons, un chiffre généralement cité autour de 4 500 bien que contesté par les historiens, furent exécutés à Verden à la suite d'un soulèvement saxon contre la domination franque. Cela demeure l'un des épisodes les plus brutaux de la campagne de plusieurs décennies menée par Charlemagne pour conquérir et convertir de force les Saxons au christianisme.
Charlemagne savait-il lire et écrire ?
Selon son biographe Éginhard, Charlemagne savait lire et parlait le francique, le latin et un peu de grec, mais il ne maîtrisa jamais complètement l'écriture, bien qu'il aurait, dit-on, gardé des tablettes à écrire sous son oreiller dans sa vieillesse pour s'exercer à tracer ses lettres. Cela ne l'empêcha pas de devenir l'un des plus grands mécènes de l'alphabétisation et de la culture manuscrite de l'Europe médiévale.
Pourquoi Charlemagne est-il associé à la renaissance carolingienne ?
Charlemagne recruta des érudits venus de toute l'Europe, en particulier Alcuin d'York, pour diriger son école palatine et réformer l'éducation, la copie de manuscrits et l'alphabétisation latine dans l'ensemble de ses territoires. Ses scriptoria développèrent la minuscule caroline, une écriture claire et standardisée que les humanistes de la Renaissance prendront plus tard, à tort, pour de l'écriture romaine antique lorsqu'ils copieront des textes classiques ayant survécu en grande partie grâce à des manuscrits de l'époque carolingienne.
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