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Le Zweihander : deux mètres d'acier qui ont mis fin à l'ère de la pique
30 juin 2026Arsenal8 min de lecture

Le Zweihander : deux mètres d'acier qui ont mis fin à l'ère de la pique

Le Zweihander était la réponse du Landsknecht au mur de piques : une épée à deux mains presque aussi grande que celui qui la maniait, portée par des mercenaires à double solde dont le métier consistait à foncer dans le front d'une formation ennemie pour y frapper.

Une pique mesurait six mètres, coûtait cher, et exigeait des années d'entraînement pour être maniée efficacement. La réponse la plus simple à un mur de piques était un homme muni d'une épée assez longue pour les écarter, et suffisamment téméraire pour marcher droit sur elles afin de le faire.

Cet homme, c'était le Doppelsöldner. Son arme, c'était le Zweihander. Et cette combinaison, pendant environ un siècle et demi de guerres européennes, comptait parmi les spectacles les plus terrifiants qu'un champ de bataille pouvait offrir de près.

Ce que c'était, et ce que ce n'était pas

Le Zweihander, littéralement « à deux mains » en allemand, également connu sous les noms de Bidenhänder, de Doppelhänder, de montante dans les armées ibériques, de spadone en italien, ou d'épée à deux mains en français, n'est pas une grande épée au sens cinématographique du terme. Films et jeux vidéo ont habitué le public à imaginer une épée à deux mains comme un couperet capable de fendre les armures, et le Zweihander n'était rien de tel.

C'était un instrument de précision conçu pour résoudre un problème tactique bien précis, adapté au chaos physique d'un affrontement d'infanterie du XVIe siècle.

Un Zweihander de qualité guerrière mesurait généralement entre 1,40 et 1,85 mètre au total, avec une lame de 1,07 à 1,42 mètre. Il pesait entre 2,2 et 3,6 kilogrammes, moins qu'on ne l'imagine généralement compte tenu de sa taille, car son point d'équilibre se situait près du ricasso (la section non affûtée de la lame juste au-dessus de la garde) plutôt qu'à la pointe. Un utilisateur habile pouvait changer la direction d'un mouvement en cours de frappe, ce qui est impossible avec une arme aussi longue mais mal équilibrée et plus lourde.

La garde était large et courbée vers l'avant, parfois doublée, parfois équipée d'anneaux latéraux supplémentaires. Entre la garde et la partie affûtée de la lame se trouvait le ricasso, généralement long de 20 à 35 centimètres. Son existence n'avait rien de décoratif. Il permettait au combattant de pratiquer la « demi-épée » : saisir la lame elle-même de la main secondaire pour obtenir un levier au combat rapproché, lorsque la longueur totale de l'épée devenait un handicap plutôt qu'un atout. Un combattant en position de demi-épée maniait en réalité le Zweihander comme une arme d'hast à court manche dotée d'une pointe très acérée.

Au-dessus de la garde, parfois en saillie horizontale depuis le ricasso, se trouvaient les Parierhaken, les « crochets de parade » ou « ergots ». Il s'agissait de courtes projections émoussées destinées à accrocher les armes adverses lors des corps-à-corps rapprochés. Combinés à la longue poignée, à la garde recourbée vers l'avant et aux crochets de parade, ces éléments offraient à un soldat entraîné un éventail de possibilités défensives remarquable pour une arme aussi longue.

Le Doppelsöldner

Le Zweihander n'appartenait ni aux chevaliers ni à la noblesse. Il appartenait à l'infanterie des Landsknechte, ces mercenaires allemands qui formèrent l'ossature de l'infanterie de choc des armées européennes durant une bonne partie des XVe et XVIe siècles. Les Landsknechte étaient des professionnels, non des levées féodales. Ils s'engageaient pour des campagnes, négociaient collectivement leur solde, élisaient leurs propres commandants de compagnie et entretenaient une culture interne de mise en scène théâtrale. Leurs tenues étaient délibérément extravagantes, manches lacérées, chausses bicolores, chapeaux à plumes, en partie parce que la renommée mercenaire était un outil marketing, en partie parce que la culture des Landsknechte valorisait le spectacle.

Au sein des formations de Landsknechte, le Doppelsöldner (« soldat à double solde ») occupait la position la plus dangereuse. Le Landsknecht type se formait en un carré de piquiers profond, dont le premier rang était l'endroit le plus meurtrier où se tenir. Le Doppelsöldner se portait volontaire pour ce premier rang et recevait en échange le double du salaire standard. Certains portaient des piques comme leurs camarades. Ceux qui portaient le Zweihander occupaient la pointe de la formation, à l'endroit précis où deux carrés de piquiers adverses entraient en contact.

Leur travail consistait à avancer dans le hérisson de piques ennemies, en avant de la formation principale, à utiliser de larges mouvements pour écarter les hampes de piques, et à créer des brèches dans la ligne ennemie par lesquelles les rangs suivants pouvaient se frayer un passage. Une pique tenue verticalement ou légèrement inclinée en diagonale était physiquement vulnérable à un large mouvement horizontal donné par un Zweihander. Tous les coups ne tranchaient pas la hampe, loin de là, mais une hampe écartée était une hampe qui ne pointait plus vers l'infanterie qui avançait.

Un Doppelsöldner pouvait aussi raccourcir une pique en tranchant sa pointe métallique. Une pique privée de sa pointe reste un bâton long et encombrant, mais elle devient moins immédiatement létale. Au moment où deux carrés de piquiers se percutaient, le rôle du Doppelsöldner basculait vers la mêlée chaotique qui suivait, une situation où une longue épée conservait un avantage de portée sur les épées courtes et les dagues des hommes qui avaient lâché leurs piques pour se battre au corps-à-corps.

Ce n'était pas une longue carrière. Le taux de pertes des combattants de premier rang dans les affrontements de carrés de piquiers était le plus élevé de toute l'infanterie du XVIe siècle.

Les guerres qui l'ont façonné

Le Zweihander connut son apogée durant les guerres d'Italie, cette série de conflits français, espagnols, suisses et habsbourgeois qui bouleversèrent la péninsule italienne de 1494 à 1559. Ces guerres fournirent à la doctrine militaire européenne l'essentiel de son vocabulaire du début de l'époque moderne : tactiques mêlant piques et armes à feu, pensée interarmes, domination de l'infanterie professionnelle suisse et allemande sur les charges de cavalerie féodale.

Lors de la bataille de la Bicoque en avril 1522, des piquiers suisses qui avaient refusé d'attendre l'appui de l'artillerie chargèrent une position retranchée de Landsknechte et d'Espagnols. Les Suisses furent fauchés devant les ouvrages de terre lors de l'une des pires défaites d'une seule après-midi de toute l'histoire militaire suisse. Les Doppelsöldner postés au premier rang des lignes de Landsknechte contribuèrent à tenir cette position face à un assaut qui, sur le seul plan numérique, aurait dû l'emporter.

La bataille de Pavie, en février 1525, l'engagement décisif des guerres d'Italie qui aboutit à la capture du roi de France François Ier, réunit certaines des plus grandes concentrations de Landsknechte de l'histoire européenne. Formations de piquiers français, arquebusiers espagnols et épéistes à deux mains allemands se retrouvèrent sur le même champ, et le combat qui en résulta valida la doctrine interarmes qui allait définir la tactique d'infanterie européenne pour le siècle suivant.

Les Suisses alignaient également des armes de la catégorie du Zweihander durant cette période. Les Highlands écossaises produisirent, dans un rôle similaire, le claidheamh-mor, la « grande épée » : une arme longue à deux mains employée dans la mêlée chaotique qui suivait une charge, où sa longueur donnait à un guerrier l'avantage sur des adversaires armés de lames plus courtes.

Pier Gerlofs Donia et la légende de l'épée géante

Tout récit consacré au Zweihander finit par croiser Pier Gerlofs Donia, chef rebelle frison du début du XVIe siècle connu sous le nom de Grutte Pier (Grand Pier). C'était un homme de forte carrure, les témoignages de l'époque le décrivant comme physiquement imposant, qui mena une insurrection contre le duché de Gueldre dans les années autour de 1515. Il devint un héros populaire en Frise, en partie grâce à des succès militaires documentés, en partie à travers la mythologisation qui suivit.

Le musée de Leeuwarden, aux Pays-Bas, expose une épée présentée comme ayant appartenu à Pier. Elle mesure environ 213 centimètres et pèse un peu plus de 6,6 kilogrammes. Cela en ferait un exemplaire exceptionnel même selon les critères du Zweihander : plus lourde qu'aucune épée de guerre connue, et assez longue pour être pratiquement inutilisable dans une formation réelle.

L'explication la plus probable est que cette épée était un objet de trophée plutôt qu'une arme, fabriquée pour célébrer la légende de Pier après sa mort, dans la tradition des armes commémoratives toujours trop grandes ou trop ornées pour servir au combat. L'histoire d'un guerrier nécessitant une épée de plus de deux mètres flattait la mémoire culturelle frisonne. L'épée conservée au musée reflète cet attrait.

Les Zweihander de guerre étaient longs. Ils n'étaient pas aussi longs que cela.

Le déclin

La niche tactique de l'arme commença à se refermer dans la seconde moitié du XVIe siècle. Ce sont les armes à feu et la standardisation qui, combinées, y mirent fin.

À mesure que l'arquebuse gagnait en fiabilité et en cadence de tir dans les années 1540 et 1550, et que le mousquet apparaissait dans les années 1560, la proportion d'armes à feu par rapport aux piques au sein d'une unité d'infanterie type augmentait sans cesse. Le rôle du Doppelsöldner consistait à briser les murs de piques au moment du choc. À mesure que ces chocs devenaient moins centraux, les armes à feu accomplissant une part croissante des pertes avant même le contact de l'infanterie, le briseur de piques du premier rang avait de moins en moins à briser.

La standardisation des tactiques mêlant piques et armes à feu, sous l'impulsion des réformateurs militaires espagnols et néerlandais, produisit des formations où l'infanterie mélangeait piquiers et mousquetaires dans des proportions qui réduisaient l'importance du pur choc de piques. Dès les années 1590, les manuels militaires décrivaient déjà le Zweihander comme une arme secondaire ou cérémonielle plutôt que principale.

La Garde suisse du Vatican porte des Zweihander et des armes d'hast similaires dans un rôle cérémoniel depuis au moins la fin du XVIe siècle, ce qui explique pourquoi les images de la garde actuelle montrent de longues épées à deux mains aux côtés de hallebardes. C'est l'après-vie de l'arme : un symbole de sérieux martial vidé de sa fonction combattante réelle, porté par des hommes en pantalons rayés dont le travail consiste surtout à paraître redoutables dans un cadre de cour.

Dans ce rôle, au moins, le Zweihander s'est révélé pratiquement immortel.

Pour l'arme qui occupait parfois le rôle anti-cavalerie que remplissait aussi le Zweihander, voir Arsenal : l'arc long anglais. Pour l'arme de choc lourde qui le complétait dans les guerres suisses et bourguignonnes, voir Arsenal : la hallebarde.

Réponses rapides

Questions fréquentes sur ce sujet

Qu'est-ce qu'un Zweihander ?

Un Zweihander (de l'allemand « à deux mains ») est une épée à deux mains surdimensionnée, développée principalement aux XVe et XVIe siècles pour le combat d'infanterie rapproché. Mesurant généralement entre 1,40 et 1,85 mètre, elle était maniée par une infanterie mercenaire spécialisée, les Doppelsöldner, qui recevaient une double solde pour occuper la position la plus dangereuse du champ de bataille : le premier rang face aux formations de piquiers ennemis.

Quel poids faisait un Zweihander ?

Les Zweihander fonctionnels destinés au combat pesaient entre environ 2,2 et 3,6 kilogrammes. Malgré leur longueur impressionnante, c'étaient des armes équilibrées et non de simples massues. De nombreux exemplaires cérémoniels ayant survécu sont plus lourds et plus longs, car ils étaient conçus pour le défilé plutôt que pour le combat.

À quoi servaient les Zweihander ?

Leur rôle principal sur le champ de bataille était de briser les formations de piques ennemies. Les Doppelsöldner avançaient contre la haie de piques et utilisaient de larges mouvements pour écarter les hampes, réduisant la portée effective de la ligne adverse et ouvrant des brèches que le reste de leur unité pouvait exploiter. Dans la mêlée chaotique qui suivait le choc des piques, la longueur du Zweihander offrait un avantage sur des épées plus courtes.

Quand le Zweihander a-t-il disparu de l'usage ?

Le Zweihander était devenu obsolète comme arme de guerre principale à la fin du XVIe siècle. L'adoption généralisée des armes à feu et la standardisation des tactiques mêlant piques et arquebuses réduisirent le besoin d'une arme spécialisée dans le brisage de piques. Vers 1600, l'arme survivait surtout sous une forme cérémonielle : les gardes suisses et autres troupes de palais similaires la portaient comme symbole d'autorité. Les gardes suisses du Vatican la portent encore aujourd'hui dans leur rôle de parade.

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