
Les Empreintes du Diable dans le Devon : une nuit de traces fendues à travers le sud de l'Angleterre
Le matin du 9 février 1855, les habitants du sud du Devon se réveillèrent pour trouver une ligne unique d'empreintes de sabot fendu s'étendant sur des toits, des murs et des champs gelés sur plus de 160 kilomètres. Personne ne les a jamais expliquées.
Aux premières heures du vendredi 9 février 1855, une couche de neige fraîche recouvrait la côte méridionale du Devon. Au petit déjeuner ce matin-là, des habitants de tout un arc de villages et de petites villes sortirent chez eux pour trouver la même chose dans leurs jardins, sur leurs murs et sur leurs toits : une ligne unique, ininterrompue, de petites empreintes de sabot fendu, régulièrement espacées, avançant en ligne droite comme si une créature avait marché toute la nuit sans jamais s'arrêter ni hésiter.
Personne ne savait ce qui les avait faites. Près de 170 ans plus tard, personne n'a jamais fourni une explication qui satisfasse l'ensemble des preuves disponibles. Les Empreintes du Diable du Devon demeurent l'un des mystères documentés les plus étranges de l'Angleterre victorienne.
Un matin d'inquiétude
La neige était tombée la veille au soir, avec des températures qui avaient chuté brusquement dans la nuit. Le sol était ferme à l'aube. Sur un arc d'environ 160 kilomètres englobant Exmouth, Lympstone, Topsham, Bicton, Powderham, Dawlish, Teignmouth et plusieurs hameaux plus petits, des habitants trouvèrent des traces qui, dans certains cas, commençaient au milieu d'un champ sans point d'entrée et se terminaient, dans d'autres cas, contre un mur de briques, comme si la créature l'avait traversé.
Les empreintes étaient presque identiques partout où elles apparaissaient. Environ 10 centimètres de long, 7,5 centimètres de large, en forme de U ou de sabot fendu, espacées de 20 centimètres, en ligne unique. La ligne ne contournait pas les obstacles. Elle passait par-dessus des meules de foin, sur des toits en tuiles, à travers la surface glacée de l'estuaire de l'Exe, dans des vergers aux portails fermés. À Dawlish, des témoins suivirent la ligne le long du sommet d'un mur de 4,25 mètres de haut. À Lympstone, les traces remontèrent directement le flanc d'une meule de foin et continuèrent depuis le sommet.
Le clergé local fut parmi les premiers à sortir avec des mètres à ruban. Le révérend G. M. Musgrave d'Exmouth examina les empreintes dans son jardin et les terrains de son église et en fit des croquis soigneusement mesurés. Tout comme le révérend H. T. Ellacombe de Clyst St George, un village voisin. Leurs témoignages furent corroborés par des fermiers, des commerçants et de simples habitants.
Vers le milieu de la matinée, la moitié du sud du Devon était sortie pour trouver une version de la même ligne traversant une partie de sa propriété.
La presse s'en empare
L'histoire parvint aux journaux régionaux en quelques jours. Le Western Times du 16 février publia le premier récit détaillé, et l'Illustrated London News en fit écho le 17. Le 24 février, le Times de Londres en avait rendu compte, traitant l'affaire avec un scepticisme mesuré tout en citant longuement des témoins oculaires. Des revues scientifiques et des publications d'Église se joignirent au débat. Des lettres affluèrent vers les rédactions avec des théories, des dessins et des comptes rendus de témoins rivaux.
L'expression « Empreintes du Diable » fut adoptée dès la première semaine. Ce n'était pas entièrement une plaisanterie. Le Devon rural de 1855 était profondément religieux et baigné dans des traditions plus anciennes sur les promeneurs nocturnes, les sorcières et les visiteurs infernaux. On raconte que les enfants de la région refusèrent d'aller à l'école pendant plusieurs jours. Plusieurs pasteurs organisèrent des prières matinales. Au moins un fermier dormit apparemment avec un fusil chargé au pied de son lit pendant le reste du mois.
L'Illustrated London News publia un dessin soigneux des empreintes basé sur les mesures de Musgrave, et ce dessin a servi de base à presque toutes les reconstructions ultérieures.
Pourquoi les explications classiques ne tiennent pas
Des théories commencèrent à circuler immédiatement, et elles n'ont jamais cessé.
Un kangourou ou un wallaby
Une suggestion très répandue, publiée dans l'Illustrated London News, voulait qu'un kangourou échappé de la ménagerie privée d'un certain M. Fische de Sidmouth ait erré dans la campagne toute la nuit. Cette théorie fut populaire pendant une semaine, puis discrètement abandonnée quand il devint évident que les kangourous ne laissent pas de traces de sabot fendu, ne marchent pas en lignes droites uniques et ne grimpent pas sur des meules de foin. Il n'y avait d'ailleurs aucune preuve qu'une telle évasion ait jamais eu lieu.
Des rongeurs bondissants ou des oiseaux
Certains naturalistes précoces avancèrent que des mulots bondissant dans la neige avec les pattes arrière jointes pourraient produire un motif ressemblant à des empreintes de sabot fendu. Des oiseaux aux pattes baguées, sautillant plutôt que marchant, furent également suggérés. Les deux théories expliquent raisonnablement bien la forme de chaque empreinte individuelle. Ni l'une ni l'autre n'explique comment le même animal aurait marché par-dessus un mur de 4,25 mètres, traversé un toit en tuiles ou progressé sur la surface d'un estuaire à marée. Elles n'expliquent pas non plus la régularité de la longueur du pas sur des kilomètres.
La traîne d'un ballon à air chaud
Une théorie moderne, souvent répétée dans les tabloïds, prétend qu'un ballon à air chaud expérimental traînant une chaîne ou une corde aurait pu laisser un motif uniforme en dérivant. Il n'existe aucune trace d'un vol en ballon depuis le Devon dans la nuit du 8 février. Un ballon ne peut pas traîner une corde à travers des murs de 4,25 mètres en continuant, et une ligne qui dérive ne peut pas produire des empreintes individuelles régulièrement espacées.
Un canular
La théorie du canular est l'explication unique la plus plausible : des farceurs locaux auraient utilisé une sorte de tampon ou de semelle en forme de sabot pour laisser les empreintes dans la neige au cours de la nuit. Le problème est l'échelle géographique. Pour produire la ligne enregistrée, une équipe coordonnée aurait dû parcourir au moins 100 à 160 kilomètres par temps glacial lors d'une unique nuit d'hiver, en escaladant des bâtiments et en traversant des eaux glacées dans un silence absolu, sans laisser d'autres empreintes autour des traces. Le révérend Musgrave nota dans son récit que la neige autour des empreintes était intacte, sans aucune trace de bottes humaines à proximité.
Formations de glace ou phénomènes thermiques
Certains auteurs du XXe siècle ont suggéré que des stalactites en train de fondre ou des gouttelettes tombant des toits pourraient créer des lignes d'empreintes dans la neige molle. Cela fonctionne pour un court tronçon sous un avant-toit. Cela n'explique pas une ligne uniforme sur des milliers de mètres de champ ouvert.
Animaux multiples et rapports exagérés
La position moderne la plus courante, défendue notamment par Mike Dash dans son analyse minutieuse de l'affaire en 1994, est que plusieurs petits animaux différents, chacun laissant sa courte piste dans la neige fraîche, auraient été interprétés par des habitants apeurés comme une seule trace continue. Les journaux auraient ensuite amalgamé des observations distinctes pour n'en former qu'une seule spectaculaire. C'est probablement une partie de l'explication. Cela ne rend toutefois pas compte des observations sur les toits et les hauts murs, rapportées par des membres du clergé peu enclins aux inventions.
Les témoins qui ont documenté l'affaire
Deux ecclésiastiques sont responsables de la majeure partie de ce que nous savons. Le révérend G. M. Musgrave d'Exmouth publia ses observations dans l'Illustrated London News et correspondit avec plusieurs naturalistes londoniens. Il mesura lui-même des empreintes en plusieurs endroits et nota l'absence de toute perturbation humaine autour d'elles. Il consigna également, un peu malgré lui, que plusieurs de ses paroissiens croyaient ouvertement que le Diable avait parcouru le comté dans la nuit.
Le révérend H. T. Ellacombe de Clyst St George tint un journal privé de l'incident, dont une grande partie fut publiée ultérieurement. Ellacombe était par vocation un naturaliste et géologue sérieux, et sa frustration de ne pouvoir identifier l'origine des traces est consignée dans ses détails. Il les examina sur plusieurs propriétés, en esquissa plusieurs et conclut qu'aucun animal connu des Îles britanniques n'aurait pu produire la ligne.
Charles Dickens, qui dirigeait alors la revue Household Words, envisagea brièvement un article sur l'affaire et écrivit en privé que le cas « dépassait toute explication ordinaire ». Il n'en publia jamais rien.
Échos et parallèles
Les empreintes du Devon ne sont pas sans précédent. Des rapports de traces similaires en ligne unique à sabot fendu dans la neige fraîche apparaissent dans le folklore de l'Europe médiévale, où ils étaient presque toujours interprétés comme le passage d'un démon. En mai 1840, un phénomène similaire fut signalé sur les îles Kerguelen par le capitaine James Clark Ross, qui vit « dans la neige les traces d'un animal apparemment de la famille des ânes », dans une zone reculée où aucun quadrupède n'était censé exister. En 2009, un incident de moindre ampleur à Woolsery, dans le Devon, suscita brièvement un regain d'intérêt, des habitants ayant trouvé des traces fendues dans la neige fraîche que des experts attribuèrent ensuite à un lièvre bondissant.
Aucun de ces cas n'égale l'échelle ni l'étendue géographique de février 1855.
Pourquoi cette affaire continue de troubler
Les Empreintes du Diable du Devon constituent un mystère d'une nature singulière, car elles se situent à l'intersection de trois faits inconfortables.
Premièrement, les témoins oculaires n'étaient pas des illuminés crédules. Parmi eux se trouvaient des membres instruits du clergé paroissial, des fermiers respectés, des instituteurs et un certain nombre de naturalistes professionnels. Leurs mesures concordaient sur des kilomètres de campagne.
Deuxièmement, les explications les plus simples ne couvrent pas les preuves les plus élémentaires. Aucun animal classique n'explique les toits. Aucune théorie du canular n'explique l'absence d'empreintes d'appui. Aucune combinaison de phénomènes naturels n'explique l'étendue géographique.
Troisièmement, l'affaire n'a jamais été résolue, et elle a maintenant été étudiée pendant près de deux siècles par des enquêteurs sceptiques, des naturalistes et des folkloristes.
Ce qui s'est probablement passé, c'est qu'un gel intense, une nuit unique de chute de neige sans vent et un essaim de petits animaux se sont conjugués à la peur collective et à la culture du journal victorien pour produire une histoire qui, dans sa version la plus extrême, ne reflète plus fidèlement ce qui s'est réellement passé. Mais ce qui s'est probablement passé n'est pas ce qui a été rapporté, et c'est ce qui a été rapporté que nous avons en main.
Le matin du 9 février 1855, dans un comté pas encore électrifié, des gens ordinaires sortirent dans la neige et virent quelque chose qu'ils ne pouvaient pas nommer. Ils le mesurèrent. Ils le dessinèrent. Ils se le racontèrent les uns aux autres. Et puis, à la prochaine chute de neige, c'était parti, et cela n'est jamais revenu.
Le Diable, si c'était le Diable, est venu une fois et n'est jamais revenu. Le mystère de ce pourquoi dure depuis bien plus longtemps que quiconque dans le Devon n'aurait pu l'imaginer.
Réponses rapides
Questions fréquentes sur ce sujet
Où les Empreintes du Diable sont-elles apparues ?
Les traces sont apparues sur un arc d'environ 160 kilomètres dans le sud du Devon, en Angleterre, dans des villes incluant Exmouth, Topsham, Lympstone, Powderham, Dawlish et Teignmouth. Elles auraient traversé l'estuaire de l'Exe, longé des toits, suivi des meules de foin et continué à travers des jardins clos qui auraient dû être infranchissables pour une créature unique se déplaçant au sol.
Quand l'incident des Empreintes du Diable s'est-il produit ?
Les traces furent découvertes le matin du 9 février 1855, après une forte chute de neige nocturne. La plupart des récits situent les empreintes entre minuit environ et l'aube. L'affaire domina la presse locale tout au long de février et parvint au Times de Londres vers la mi-mois.
À quoi ressemblaient les Empreintes du Diable ?
Les témoins oculaires décrivirent des empreintes en forme de U ou de sabot fendu, d'environ 10 centimètres de long sur 7,5 centimètres de large, espacées de 20 centimètres en ligne droite unique. Les traces donnaient l'impression d'avoir été faites par un petit bipède marchant talon-pointe, et non par un quadrupède au sens ordinaire du terme.
Le mystère des Empreintes du Diable a-t-il jamais été résolu ?
Non, pas de façon satisfaisante. Les théories ont oscillé entre un kangourou échappé d'une ménagerie privée, des mulots, des rongeurs sauteurs, des formations de glace atmosphérique, un canular délibéré et le Diable en personne. Aucune ne rend compte de la totalité du tracé rapporté, de la distance parcourue ni du parcours sur les toits et les murs. Les chercheurs contemporains tendent à privilégier une combinaison d'animaux multiples assortie de rapports exagérés, mais l'affaire demeure officiellement inexpliquée.
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