
Le casse de Hatton Garden : comment une bande de retraités a réussi son coup (et s'est fait prendre)
En 2015, des cambrioleurs d'une soixantaine d'années en moyenne se sont introduits dans le coffre-fort de Hatton Garden Safe Deposit à Londres pendant un week-end férié et ont raflé plusieurs millions. Voici comment, et comment ils se sont fait arrêter.
Durant le week-end férié de Pâques 2015, une bande dont les membres avaient en moyenne une soixantaine d'années s'est introduite dans le coffre-fort souterrain de Hatton Garden Safe Deposit Ltd, au cœur du quartier historique de la joaillerie à Londres, et a raflé l'un des plus gros butins de cambriolage de l'histoire anglaise. La presse populaire britannique les surnomma les « Diamond Wheezers » (les papis essoufflés du diamant). La police métropolitaine de Londres, plus sobrement, y vit l'un des cambriolages les plus audacieux jamais instruits par la ville.
La cible
Hatton Garden Safe Deposit se trouvait sous un immeuble sans caractère particulier de la rue Hatton Garden elle-même, une artère bordée de joailliers et de négociants en diamants depuis des générations. L'entreprise louait environ 999 coffres individuels à des joailliers, des négociants et des particuliers cherchant un endroit où entreposer liquide, or et pierres précieuses loin de leurs propres boutiques. Le coffre-fort se situait deux étages sous le niveau de la rue, protégé par une porte renforcée et le système d'alarme propre à l'entreprise, bien que le contrat de télésurveillance de cette alarme ait, semble-t-il, expiré ou été insuffisamment assuré pendant ce week-end férié, une faille dont la bande semble avoir eu connaissance ou sur laquelle elle a parié à l'avance.
L'équipe et le plan
La bande était dirigée par Brian Reader, cambrioleur de carrière d'une soixante-quinzaine d'années au passé criminel remontant à plusieurs décennies, avec notamment un lien signalé antérieurement avec l'enquête sur le braquage d'or de Brink's-Mat en 1983. Autour de lui gravitaient plusieurs complices d'âge similaire, dont Terry Perkins, Danny Jones, Kenny Collins et John « Kenny » Doyle, accompagnés de complices plus jeunes chargés d'une partie du travail technique et de la surveillance des lieux. Leur plan reposait sur une cage d'ascenseur : la bande accédait à l'immeuble par une cage d'ascenseur commune desservant les propriétés voisines, descendait jusqu'au sous-sol, et s'en servait pour atteindre un mur mitoyen du coffre-fort plutôt que de tenter de forcer directement la porte principale renforcée de celui-ci.
Le coup
Au cours du week-end férié, réparti sur au moins deux nuits, la bande utilisa une perceuse à couronne diamantée de forte puissance, apparemment louée ou acquise spécialement pour l'occasion, afin de percer environ 50 centimètres de béton armé séparant la cage d'ascenseur du coffre-fort lui-même. Une fois le passage ouvert, ils purent y glisser le bras et forcer des dizaines de coffres individuels, travaillant toute la nuit avec des outils comprenant une meuleuse d'angle et des pieds-de-biche. Les caméras de surveillance de l'immeuble, que la bande désactiva partiellement ou évita, saisirent tout de même des fragments d'images montrant des hommes en gilets fluorescents et casques de chantier se déplaçant dans le bâtiment, une image qui deviendra plus tard iconique une fois diffusée par la presse. Le mardi suivant, quand des agents d'entretien et des employés découvrirent l'effraction, la bande avait vidé une part considérable des coffres et était repartie avec des sacs remplis d'argent liquide, de bijoux et de pierres précieuses.
Le dénouement
La percée fut rapide, à l'échelle des grands cambriolages britanniques. Un commerçant du quartier avait remarqué une camionnette blanche de la bande garée à proximité et avait signalé sa plaque d'immatriculation à la police après avoir remarqué avec suspicion des hommes traînant près du bâtiment pendant le week-end férié. Les enquêteurs combinèrent cette piste avec un dépouillement minutieux des images de vidéosurveillance des rues environnantes, des données de reconnaissance automatique des plaques d'immatriculation, et une analyse des bornes téléphoniques permettant de localiser les téléphones des membres de la bande près des lieux les nuits concernées. En quelques semaines, la police avait identifié plusieurs suspects et posé des dispositifs d'écoute sur des véhicules utilisés par des membres de la bande, enregistrant des heures de conversations où les hommes évoquaient le partage du butin et, semble-t-il, exprimaient leur frustration quant à la façon dont ce partage était mené. Les enquêteurs installèrent également un traceur GPS sur une voiture utilisée par Kenny Collins, qui les mena directement à une rencontre où le butin était apparemment en train d'être réparti entre les membres de la bande.
La police arrêta le noyau dur de la bande en mai 2015, environ un mois après le cambriolage, saisissant des pierres précieuses, de l'argent liquide et d'autres biens volés à plusieurs adresses. Une partie du butin, environ 300 000 livres selon les rapports, fut ensuite retrouvée enterrée dans un cimetière d'Edmonton, au nord de Londres, après que les enquêteurs eurent suivi l'un des membres de la bande jusqu'au site.
Où sont-ils aujourd'hui
Lors du procès, début 2016, plusieurs des hommes plaidèrent coupables de complot en vue de commettre un cambriolage ; d'autres, dont Brian Reader, plaidèrent coupables après avoir d'abord contesté les charges. Reader, Perkins, Collins et Jones furent condamnés à des peines de prison allant d'environ six à sept ans, le tribunal citant leur âge avancé comme circonstance atténuante contre des peines plus longues. Une audience ultérieure ordonna à plusieurs prévenus de rembourser des sommes considérables ou de purger des peines supplémentaires, bien que les procureurs aient reconnu qu'une grande partie du butin, estimé à plusieurs millions de livres, avait probablement déjà été démantelée, fondue ou vendue par des canaux que les enquêteurs n'avaient pas pu retracer entièrement.
Terry Perkins est mort en prison en 2018. Brian Reader, dont la carrière criminelle s'étendait alors sur plus de cinq décennies, fut libéré sous conditions et mourut à son tour en 2023, après avoir passé ses dernières années largement loin des projecteurs, une fois retombée la célébrité soudaine et improbable que cette affaire lui avait value à plus de soixante-quinze ans. Le casse lui-même est devenu une sorte de phénomène culturel en Grande-Bretagne, inspirant au moins deux longs métrages et de nombreux documentaires, moins en raison de l'ampleur du vol que de l'image improbable en son cœur : une poignée d'hommes bien avancés dans l'âge de la retraite réussissant, selon les mots du juge du procès lui-même, l'un des plus gros cambriolages de l'histoire judiciaire anglaise, à l'aide d'à peine plus qu'une perceuse, une cage d'ascenseur et des décennies de savoir-faire criminel accumulé.
Pourquoi l'affaire fascine encore
Une partie de l'attrait durable de cette affaire tient au contraste entre l'âge de la bande et l'audace du plan. Il ne s'agissait pas de délinquants novices tombant par chance sur un joli coup ; plusieurs avaient des casiers judiciaires remontant aux années 1960 et 1970, vétérans d'une époque plus ancienne et plus artisanale du grand banditisme britannique, qui appliquèrent une patience à l'ancienne et une compréhension véritable de la construction des coffres-forts à une cible qui, en 2015, semblait presque étonnamment sous-protégée. Des experts en sécurité ont ensuite fait remarquer qu'un système d'alarme moderne, professionnellement surveillé et assorti d'un contrat d'intervention actif, aurait très probablement permis de repérer l'effraction en cours plutôt que deux jours plus tard, et les dispositions prises par Hatton Garden Safe Deposit en matière de télésurveillance devinrent elles-mêmes l'objet d'un examen attentif, sans que l'entreprise ne soit pour autant inculpée d'un quelconque manquement.
L'autre raison de cette fascination durable est plus simple : personne n'a été blessé, aucune violence n'a été utilisée ni même, semble-t-il, sérieusement envisagée, et les sommes en jeu étaient véritablement vertigineuses pour un cambriolage plutôt qu'un braquage à main armée. Les enquêteurs n'ont jamais totalement réconcilié la valeur totale revendiquée par les détenteurs de coffres avec ce qui a effectivement été récupéré ou pris en compte lors du procès, ce qui signifie que l'ampleur réelle du casse de Hatton Garden, plus d'une décennie après les faits, demeure, comme il sied à une affaire bâtie autour d'un coffre-fort dont personne ne pouvait voir l'intérieur, en partie inconnue.
Celui qui a échappé, un temps, à la justice
Un septième homme, identifié par la police uniquement comme un participant présumé ayant joué le rôle de spécialiste des alarmes ou de guetteur, échappa à l'arrestation pendant des années après les premières interpellations, ayant apparemment fui le pays avant que le gros de la bande ne soit arrêté. Les enquêteurs finirent par l'identifier comme étant Michael Seed, qui fut arrêté plusieurs années plus tard à l'issue d'une longue traque impliquant une coopération policière internationale, et fut reconnu coupable lors d'un procès ultérieur, clôturant la quasi-totalité des poursuites encore en suspens liées au cambriolage.
L'affaire attira également l'attention sur les propres dispositifs de sécurité de Hatton Garden Safe Deposit, l'alarme de l'entreprise s'étant apparemment déclenchée pendant l'effraction sans que le prestataire de télésurveillance de garde cette nuit-là n'y réponde correctement, un manquement qui devint un point de critique majeur dans la couverture médiatique postérieure au casse, même s'il n'entraîna aucune poursuite distincte. Assureurs et détenteurs de coffres menèrent ensuite des années de contentieux civil, cherchant à établir les responsabilités et à récupérer des pertes que les procédures pénales de restitution n'avaient traitées que partiellement, plusieurs affaires se prolongeant bien au-delà de la conclusion du procès pénal initial.
Les films et le mythe
L'âge de la bande, conjugué à la pure audace physique consistant à percer un demi-mètre de béton armé avec des outils plus généralement associés à des criminels bien plus jeunes et en meilleure forme, a presque immédiatement ancré le casse de Hatton Garden dans la culture populaire britannique. Deux adaptations cinématographiques concurrentes sortirent en salle en l'espace de quelques années après le cambriolage, et l'affaire est depuis devenue un classique des documentaires et rétrospectives consacrés aux crimes réels, moins en raison des sommes en jeu que de l'image improbable qui en constitue le cœur : une poignée d'hommes bien avancés dans l'âge de la retraite, certains utilisant une canne au quotidien, réussissant méthodiquement ce que le juge du procès lui-même a qualifié de l'un des cambriolages les plus audacieux de l'histoire de la ville.
Réponses rapides
Questions fréquentes sur ce sujet
Combien d'argent a été volé lors du casse de Hatton Garden ?
La police a estimé la valeur totale de l'argent liquide, des bijoux et des pierres précieuses dérobés entre 14 et 25 millions de livres sterling, bien que le chiffre exact reste contesté car de nombreux détenteurs de coffres n'ont jamais déclaré intégralement la valeur de leur contenu, pour des raisons d'assurance ou de fiscalité.
Le butin du casse de Hatton Garden a-t-il été récupéré ?
Seule une fraction a été récupérée. La police a retrouvé environ 300 000 livres enterrées dans un cimetière, ainsi que d'autres objets lors de perquisitions, mais enquêteurs et procureurs ont estimé que la grande majorité du butin n'avait jamais été retracée, probablement démantelée, fondue ou revendue rapidement après le casse.
Comment les cambrioleurs de Hatton Garden ont-ils été arrêtés ?
Une opération de surveillance policière, facilitée par la plaque d'immatriculation d'une camionnette banalisée signalée par un voisin soupçonneux ainsi que par une analyse poussée des images de vidéosurveillance et des données de bornes téléphoniques, a permis d'identifier la bande en quelques semaines. Plusieurs membres ont été enregistrés par un dispositif d'écoute dissimulé alors qu'ils discutaient en détail du coup, sous surveillance.
Les cambrioleurs de Hatton Garden sont-ils toujours en prison ?
La plupart des membres du noyau dur de la bande ont été condamnés à des peines de prison en 2016, mais compte tenu de leur âge, plusieurs ont été libérés en quelques années sur parole ou après avoir purgé des peines réduites ; le chef de la bande, Brian Reader, âgé d'une soixante-quinzaine d'années au moment de sa condamnation, est décédé depuis.
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