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Les dernières heures de Cléopâtre
4 juil. 2026Dernières heures8 min de lecture

Les dernières heures de Cléopâtre

Antoine était déjà mort, les légions d'Octave tenaient Alexandrie, et il ne restait que quelques jours à la dernière pharaonne d'Égypte. Ce que les archives révèlent réellement.

À l'été de l'an 30 av. J.-C., la reine d'Égypte avait déjà perdu la guerre. Ce qui restait était la question, bien plus étroite, de savoir comment elle allait perdre tout le reste, et à quelles conditions.

Cléopâtre VII avait régné sur l'Égypte pendant environ deux décennies, dernière pharaonne indépendante d'une dynastie descendant de l'un des propres généraux d'Alexandre le Grand. Elle s'était d'abord alliée à Jules César, puis à Marc Antoine, et avec Antoine elle avait misé le royaume sur une guerre contre Octave, l'héritier adoptif de César. À la bataille d'Actium, livrée au large des côtes grecques en septembre de l'an 31 av. J.-C., ce pari s'effondra. La flotte d'Octave, commandée par son amiral Agrippa, mit en déroute la marine d'Antoine et de Cléopâtre. Tous deux fuirent, séparément, vers Alexandrie, pour y attendre une invasion qu'aucun des deux ne pouvait plus empêcher.

Une cité qui répétait déjà sa propre fin

Les mois entre Actium et le siège final furent, selon les récits qui nous sont parvenus, étranges et théâtraux. Plutarque rapporte qu'Antoine et Cléopâtre dissolvèrent la société de buveurs qu'ils avaient autrefois baptisée « Les Inimitables », pour la refonder sous un nom plus sombre, parfois rendu par « L'Ordre des Inséparables dans la mort », un cercle d'amis qui continuait de festoyer chaque soir tout en se préparant discrètement à la fin. Cléopâtre, selon le même récit, aurait passé une partie de cette période à tester des poisons sur des prisonniers condamnés, cherchant celui qui tuerait sans douleur visible ni défiguration, et conclut que la morsure d'un serpent particulier produisait quelque chose de proche d'un sommeil paisible plutôt qu'une mort convulsive.

Que ce détail soit précis ou enjolivé par un biographe écrivant des générations plus tard, il rend correctement compte de l'atmosphère de l'époque. Personne à Alexandrie, cet hiver-là, ne croyait plus la guerre gagnable. La seule question qui restait ouverte était de savoir comment la fin serait gérée, et par qui.

Quand la fin devint inévitable

Le tournant survint à l'été de l'an 30 av. J.-C., lorsque l'armée d'Octave pénétra en Égypte par l'est et prit la forteresse frontalière de Péluse. Certains auteurs anciens accusèrent Cléopâtre d'avoir délibérément livré la forteresse pour s'attirer les faveurs d'Octave, une accusation qu'elle nia et que les historiens modernes jugent avec un vrai scepticisme, car elle rejetait commodément sur une femme la responsabilité d'une défaite qui avait bien d'autres causes. Ce qui n'est pas contesté, c'est que Péluse tomba rapidement, et que les légions d'Octave avancèrent ensuite sur Alexandrie elle-même sans grande résistance.

Antoine commandait encore des troupes loyales et livra un dernier combat aux portes de la ville, remportant selon certains récits une petite escarmouche de cavalerie qui remonta brièvement son moral. Cela ne dura pas. Quelques jours plus tard, sa flotte prit la mer pour affronter les navires d'Octave et, au lieu de combattre, salua l'ennemi et passa dans son camp. Sa cavalerie restante déserta presque au même moment. Antoine retourna au palais convaincu, à juste titre, que Cléopâtre l'avait trahi, une conviction qu'elle n'eut peut-être jamais l'occasion de démentir.

Cléopâtre, de son côté, se retira dans un mausolée qu'elle avait déjà fait construire près du temple d'Isis, une structure de pierre où était entreposé le trésor royal : or, argent, émeraudes, ébène, ivoire, et suffisamment de bois sec pour brûler l'intégralité de la fortune plutôt que de la laisser parader dans les rues de Rome. Elle fit barrer les portes de l'intérieur et, par un geste de désespoir sincère ou par un calcul destiné à attirer Antoine vers elle, fit savoir qu'elle s'était déjà donné la mort.

La mort d'Antoine

Antoine crut au message. Selon Plutarque, il demanda à son serviteur Éros de le tuer plutôt que de le laisser tomber entre les mains d'Octave. Éros tira son épée, la retourna contre lui-même et mourut aux pieds de son maître. Antoine se jeta alors sur sa propre lame, mais la blessure ne fut pas immédiatement mortelle. Alors qu'il gisait, saignant, un second messager arriva avec la vérité : Cléopâtre était vivante, toujours barricadée dans son tombeau.

Antoine demanda à être porté auprès d'elle. Les portes ne pouvant être ouvertes sans danger, des serviteurs le hissèrent jusqu'à une fenêtre à l'aide de cordes, tandis que Cléopâtre et ses deux dernières servantes, Iras et Charmion, tiraient depuis l'intérieur. Il mourut dans ses bras peu après, apparemment le premier août de l'an 30 av. J.-C., lui disant encore, selon le récit de Plutarque, de ne pas pleurer sa dernière défaite mais de se souvenir plutôt des honneurs de sa vie.

Captive dans son propre tombeau

Les officiers d'Octave agirent rapidement pour empêcher Cléopâtre de suivre Antoine. Un officier nommé Proculéius fut envoyé négocier avec elle à travers la porte barricadée, et tandis qu'il la maintenait occupée à parler, un petit groupe escalada le mur extérieur et pénétra par la même fenêtre par laquelle le corps d'Antoine avait été hissé. Ils atteignirent Cléopâtre avant qu'elle ne puisse se poignarder avec une dague qu'elle aurait tenue prête à ses côtés.

On la laissa enterrer Antoine avec tous les honneurs, et Octave lui-même s'entretint ensuite avec elle, la traitant, selon la plupart des récits, avec une courtoisie apparente tout en ayant en privé l'intention de l'emmener à Rome comme le trophée central de son triomphe. Lorsque Cléopâtre tenta de se laisser mourir de faim dans les jours qui suivirent, Octave répondit en menaçant ses enfants survivants, et elle abandonna cette tentative. Puis, selon Plutarque, un jeune Romain nommé Cornélius Dolabella, qui avait développé de la sympathie pour elle, l'avertit discrètement qu'Octave prévoyait de l'envoyer, elle et ses enfants, à Rome dans les jours suivants, pour être exhibés dans les rues lors de son cortège triomphal.

Cet avertissement est généralement considéré comme le moment où Cléopâtre décida que la manière et le moment de sa mort seraient, à défaut d'autre chose, les siens à choisir.

Le dernier jour de Cléopâtre

Au matin qui, selon la tradition, fut son dernier, Cléopâtre demanda à être conduite une dernière fois au tombeau d'Antoine, où elle aurait pleuré et demandé à être enterrée à ses côtés. Elle retourna dans ses appartements, se baigna et prit un dernier repas préparé avec un soin inhabituel. Un panier de figues fut livré ce jour-là par un paysan local et passa l'inspection des gardes sans incident.

Peu après, elle envoya à Octave une pétition écrite, demandant à nouveau d'être enterrée avec Antoine. Comprenant ce que signifiait cette requête, ses gardes se précipitèrent vers sa chambre et forcèrent l'entrée. Ils trouvèrent Cléopâtre déjà morte, allongée sur un lit d'or, en pleine tenue royale et couronne, Iras morte à ses pieds. Charmion, encore vivante mais défaillante, ajustait le diadème sur la tête de sa maîtresse lorsque les soldats arrivèrent. Interrogée avec colère sur le point de savoir si cela avait été bien fait, Charmion aurait répondu que oui, et que cela convenait à la descendante d'une si longue lignée de rois, avant de s'effondrer morte à son tour aux côtés du corps.

Plutarque note deux petites marques sur le bras de Cléopâtre et rapporte qu'un serviteur affirma plus tard avoir remarqué des traces de reptation près d'une fenêtre, mais il prend soin d'ajouter que personne parmi les présents n'assista réellement à une morsure de serpent. Les hommes d'Octave firent, semble-t-il, appel aux Psylles, des charmeurs de serpents réputés capables d'extraire le venin, mais il n'y avait plus rien à sauver à ce stade. Cléopâtre avait 39 ans.

Après coup, et ce que l'on ne saura peut-être jamais

L'histoire de l'aspic devint presque immédiatement la version admise, notamment parce qu'elle servait la propre propagande d'Octave. Une reine choisissant une mort rapide et royale par une créature depuis longtemps associée à la royauté égyptienne lui épargnait l'humiliation de ne pas avoir su la maintenir en vie pour son triomphe, tout en lui permettant de revendiquer une victoire totale sur l'Égypte. Il aurait de toute façon fait défiler, lors de son cortège triomphal à Rome, une effigie de cire de Cléopâtre avec un serpent au bras, assurant que l'image survive au débat sur les faits.

Les historiens modernes restent peu convaincus qu'un seul serpent, introduit clandestinement sous des fruits et des feuilles, ait pu tuer Cléopâtre tout en laissant assez de venin pour tuer également Iras et Charmion, sans morsures répétées et clairement observées. Le venin de cobra, de surcroît, produit rarement la mort calme et rapide décrite par les auteurs anciens. Certains chercheurs privilégient plutôt une théorie concurrente : un mélange préparé, combinant peut-être ciguë, aconit et opium, appliqué sur une petite plaie, le panier de figues servant de couverture au stratagème plutôt que d'arme véritable. Aucune source antique n'est pleinement fiable sur ce point, y compris Plutarque lui-même, et même l'historien romain Cassius Dion, écrivant plus tard encore, considérait la manière de mourir comme réellement incertaine.

Le récit nous est parvenu principalement parce que Plutarque, écrivant plus d'un siècle plus tard, eut accès au rapport d'Olympos, le propre médecin de Cléopâtre, dont les mémoires originales ne nous sont pas parvenues de manière indépendante. Tout ce que les lecteurs modernes savent passe par ce seul récit filtré, ce qui explique pourquoi les « dernières heures » de l'une des souveraines les plus documentées de l'Antiquité contiennent encore des lacunes qu'aucun historien n'a comblées.

Le sort des enfants de Cléopâtre fut inégal par la suite. Césarion, son fils avec Jules César et le dernier prétendant ayant un lien plausible avec le sang de César lui-même, fut capturé et exécuté sur ordre d'Octave peu après la mort de sa mère. Ses trois enfants avec Antoine survécurent et furent élevés à Rome par l'épouse romaine d'Antoine, Octavie ; l'un d'eux, Cléopâtre Séléné, devint plus tard reine à part entière en Afrique du Nord. Et le tombeau que Cléopâtre mourut en essayant d'atteindre, celui qu'elle partage avec Antoine selon son ultime volonté, n'a jamais été retrouvé. Les recherches se poursuivent sur des sites à l'ouest d'Alexandrie, dont le complexe du temple de Taposiris Magna, mais une grande partie du quartier du palais de la cité antique s'est depuis longtemps affaissée sous le port. La reine qui passa ses derniers jours à essayer de maîtriser chaque détail de sa propre fin voit, à cet égard au moins, son vœu toujours exaucé.

Pour en savoir plus sur les deux personnages au cœur de ces dernières heures, voir si Cléopâtre vivait aujourd'hui et si Marc Antoine vivait aujourd'hui.

Réponses rapides

Questions fréquentes sur ce sujet

Quels furent les derniers mots de Cléopâtre ?

Aucune source ne rapporte une déclaration finale de Cléopâtre elle-même. Le témoignage le plus proche vient de sa servante Charmion, retrouvée mourante auprès de son corps. À un soldat romain qui lui demandait si cela avait été bien fait, Charmion aurait répondu que oui, et que cela convenait à la descendante d'une si longue lignée de rois, avant de s'effondrer à son tour.

Comment Cléopâtre est-elle réellement morte ?

La tradition, consignée par Plutarque, veut qu'un serpent venimeux, généralement décrit comme un aspic, lui ait été introduit dissimulé dans un panier de figues. Aucun serviteur n'a rapporté avoir réellement vu une morsure se produire, et les auteurs anciens divergeaient déjà sur les détails, raison pour laquelle de nombreux historiens jugent un poison préparé au moins aussi probable.

Comment connaît-on le déroulement des dernières heures de Cléopâtre ?

Le principal récit vient du biographe grec Plutarque, écrivant plus d'un siècle après sa mort, qui s'est appuyé en partie sur les notes de son médecin personnel, Olympos. L'ouvrage de ce dernier ne nous est pas parvenu de manière indépendante, si bien que presque tout nous vient filtré par un récit ultérieur plutôt que par une source oculaire directe.

A-t-on jamais retrouvé le tombeau de Cléopâtre ?

Non. Elle aurait été enterrée aux côtés de Marc Antoine dans un mausolée qu'elle avait fait construire près d'Alexandrie, mais le site n'a jamais été localisé avec certitude. Des parties du quartier du palais de l'Alexandrie antique se sont enfoncées sous le port en raison de séismes et d'affaissements, et des recherches menées sur d'autres sites, dont le complexe du temple de Taposiris Magna, n'ont pas abouti à une découverte confirmée.

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