
Les dernières heures de Constantinople
Le récit heure par heure du 29 mai 1453, quand les forces ottomanes ont percé les murailles et que le dernier empereur byzantin a disparu dans les combats.
Durant la dernière semaine de mai 1453, la ville qui se surnommait elle-même la Nouvelle Rome était assiégée depuis près de deux mois, et ses habitants n'avaient plus de raisons d'espérer. Constantin XI Paléologue, dernier empereur d'un État qui s'était autrefois étendu de l'Espagne à la Perse, commandait une garnison de sept à huit mille hommes tout au plus, derrière des murailles bâties onze siècles plus tôt, face à une armée ottomane bien plus nombreuse. Voici la reconstitution de la séquence du dernier jour de la ville, établie à partir de la poignée de témoins oculaires et de chroniqueurs quasi contemporains qui ont survécu pour la raconter.
La veille
Le 28 mai, les combats cessèrent. Le sultan Mehmed II avait ordonné une journée de repos et de préparation pour ses troupes après des semaines de bombardement par ses pièces de siège, dont un canon massif fondu par l'ingénieur hongrois Orban, qui avait passé des semaines à ronger les murailles théodosiennes. À l'intérieur de la ville, le silence était sa propre forme d'effroi. Constantin XI conduisit une procession solennelle dans les rues, portant icônes et reliques le long des murailles dans un ultime appel à la protection divine, un rite mêlant dévotion orthodoxe et peur toute pragmatique.
Ce soir-là, selon le récit de l'historien grec Doukas, un office extraordinaire fut célébré à Sainte-Sophie, la grande cathédrale qui se dressait au cœur de la ville depuis neuf cents ans. Le clergé latin et le clergé grec, qui s'étaient âprement disputés pendant des années au sujet de l'union des Églises, prièrent ensemble une dernière fois entre ses murs avant que l'édifice ne cesse, pour des siècles, d'être une église. Constantin XI y assista, communia, et aurait demandé pardon à ses proches et à ses officiers pour tout tort qu'il aurait pu leur causer. Il partit ensuite inspecter les murailles une dernière fois, avant l'assaut que chacun désormais redoutait.
Le point de bascule
Le point de non-retour était survenu bien avant cette dernière nuit, même s'il n'apparaissait pas comme un instant unique et évident. Tout au long du mois d'avril, les ingénieurs ottomans avaient martelé les murailles terrestres près de la cinquième porte militaire, dans le secteur de la vallée du Lycus où le terrain s'affaissait et où les défenses étaient les plus faibles. Les défenseurs byzantins et génois, sous le commandement du Génois Giovanni Giustiniani Longo, avaient réussi, encore et encore, à colmater les brèches avec des barricades de fortune faites de terre et de bois, tenant une ligne qui, selon toute logique militaire ordinaire, aurait déjà dû céder.
Ce qui rendit la fin inévitable fut l'accumulation de petits échecs plutôt qu'un seul coup spectaculaire. Une flotte de secours que les Byzantins espéraient de Venise ou de la papauté n'arriva jamais à temps. Une tentative en avril de bloquer la Corne d'Or au moyen d'une chaîne tendue à son embouchure tint bon pendant des semaines, jusqu'à ce que Mehmed fasse tirer des navires par voie terrestre sur des rondins graissés pour la contourner entièrement, un exploit qui permit aux vaisseaux ottomans de menacer aussi bien les murailles maritimes que les murailles terrestres. Lors du conseil de guerre que Mehmed convoqua les 26 et 27 mai, où il passa outre les conseillers prônant un retrait négocié pour s'engager résolument dans un assaut final et décisif, le sort de la ville était déjà pratiquement scellé, même si les défenseurs à l'intérieur n'en connaissaient pas encore la date.
Les dernières heures
L'assaut commença dans l'obscurité, aux premières heures du 29 mai 1453, avec des trompettes, des tambours et des cymbales ottomanes résonnant simultanément sur toute la longueur des murailles, selon le témoin oculaire vénitien Nicolo Barbaro, qui tint un journal du siège depuis un navire dans le port. Vers une heure et demie du matin, la première vague frappa : des troupes irrégulières, les bachi-bouzouks, lancées contre les murailles dans une vague destinée à épuiser les défenseurs et à faire sortir leurs réserves avant l'assaut véritable.
Une deuxième vague de réguliers anatoliens suivit une heure ou deux plus tard, pressant surtout le secteur endommagé près de la cinquième porte militaire, où une partie du mur extérieur s'était effondrée sous les bombardements. Les défenseurs tinrent bon, mais l'épuisement se faisait sentir après des semaines d'alerte quasi continue.
La troisième vague, dans les heures les plus sombres avant l'aube, fut celle du corps d'élite des janissaires du sultan, des troupes fraîches lancées sur le point affaibli avec une discipline que les vagues précédentes n'avaient pas eue. C'est durant cette phase, peu avant le lever du jour, que Giustiniani Longo fut frappé et grièvement blessé, selon la plupart des récits par un carreau d'arbalète ou un tir d'arme à feu ayant transpercé son armure. Il fut emporté hors des remparts pour être soigné, et le retrait de son contingent génois, censé être temporaire, sema la panique le long d'une ligne qui ne tenait alors plus que par la volonté, bien plus que par le nombre.
À peu près à la même heure, selon le chroniqueur Doukas, une petite poterne du secteur des Blachernes, connue sous le nom de Kerkoporta, fut trouvée ouverte ou non verrouillée, apparemment oubliée dans le chaos du repli, et des soldats ottomans s'y faufilèrent avant de hisser leur étendard sur une tour voisine. La séquence exacte, que la porte ait été négligemment laissée ouverte, délibérément forcée, ou simplement emportée en même temps que l'effondrement principal près de la cinquième porte militaire, demeure débattue parmi les historiens, et certains chercheurs se sont depuis interrogés sur le poids réel de cette seule petite porte face à un mur qui cédait déjà ailleurs. Ce qui fait consensus, c'est qu'en peu de temps, des défenseurs postés en plusieurs points des murailles virent des bannières ottomanes se lever derrière eux et comprirent que la ligne avait été percée.
La fin
Constantin XI, informé que les murailles avaient été percées en plusieurs endroits, aurait jeté les insignes impériaux qui le désignaient comme empereur, afin de ne pas être reconnu et capturé vivant, et aurait chevauché avec une petite escorte de compagnons vers les combats près de la brèche. Ce récit provient principalement de chroniqueurs postérieurs, dont l'historien pro-ottoman Kritoboulos et le courtisan byzantin Georges Sphrantzès, qui écrivaient après coup plutôt qu'en témoins directs des derniers instants de l'empereur, et les paroles précises qui lui sont parfois prêtées dans certains récits doivent être considérées comme des élaborations postérieures plutôt que comme des citations vérifiées.
Aucun récit fiable ne décrit directement sa mort. Doukas rapporte qu'un corps fut plus tard retrouvé parmi les tués près de la porte, identifiable, si tant est qu'il le fût, uniquement grâce aux bottes ou chaussons teints de pourpre qui marquaient le rang impérial, le cadavre ayant été dépouillé dans la confusion. Que ce corps ait réellement été celui de Constantin XI n'a jamais été établi avec certitude, et aucune tradition de tombeau ou de relique ne fait l'unanimité chez les historiens. Le dernier empereur romain, dans une lignée qui remontait à Constantin le Grand plus de onze siècles auparavant, disparut simplement dans les combats au matin du 29 mai 1453.
Au grand jour, la résistance organisée s'était effondrée. Les troupes ottomanes déferlèrent par les brèches et les portes, et la ville qui avait résisté à des sièges pendant plus de mille ans tomba avant midi. Mehmed II entra dans la ville cet après-midi-là et se rendit à cheval jusqu'à Sainte-Sophie, où il ordonna sa transformation d'église en mosquée, une conversion qui allait définir l'édifice pour des siècles.
Après la chute
Ce que l'on sait de cette nuit provient d'un cercle restreint de sources : le journal de Barbaro, tenu par un Vénitien qui observa une grande partie de l'assaut depuis un navire dans le port ; Doukas et Sphrantzès, chroniqueurs du camp byzantin écrivant dans les années suivant immédiatement les faits ; Kritoboulos, historien grec ottoman qui rédigea une histoire favorable à Mehmed II ; et le prélat génois Léonard de Chios, qui survécut à la chute et en rédigea un récit peu après avoir atteint un lieu sûr. Ces récits s'accordent sur la trame générale des événements mais divergent sur des détails de chronologie, sur la manière dont la Kerkoporta se retrouva ouverte, et surtout sur les derniers instants de l'empereur, qu'aucune source ne prétend avoir observés directement.
La tradition retient bien des éléments que les sources ne confirment pas : que les derniers mots de Constantin XI auraient exhorté ses hommes à mourir pour leur foi et leur ville, que la Kerkoporta aurait été trahie plutôt que simplement oubliée, que son corps aurait été retrouvé et discrètement enseveli par les vainqueurs par respect pour un souverain déchu. Rien de tout cela ne peut être vérifié à l'aune des témoignages contemporains, et les historiens présentent aujourd'hui généralement la fin de l'empereur comme une absence plutôt que comme une scène, une disparition plutôt qu'une mort que quiconque aurait consignée. Ce qui est certain, c'est la date, la séquence des vagues d'assaut, et le résultat : dans l'après-midi du 29 mai 1453, l'Empire byzantin, dernier fil continu remontant à la Rome antique, avait cessé d'exister.
Réponses rapides
Questions fréquentes sur ce sujet
Qu'est devenu le corps de Constantin XI ?
Aucune source contemporaine ne mentionne d'identification certaine. Des chroniqueurs comme Doukas décrivent un corps retrouvé parmi les morts près des murailles, dépouillé et méconnaissable, sinon par des bottes ou des chaussons de pourpre impériale, mais la dépouille de l'empereur n'a jamais été confirmée avec certitude, et aucune tombe n'a jamais été authentifiée comme étant la sienne.
Comment les Ottomans sont-ils entrés dans Constantinople ?
La brèche principale s'est ouverte près de la cinquième porte militaire après des semaines de bombardement au canon et un assaut nocturne massif le 29 mai 1453. Une poterne plus modeste, appelée la Kerkoporta, a également été retrouvée ouverte ou non barrée pendant l'assaut final, et des troupes ottomanes s'y sont engouffrées, bien que la séquence exacte des événements et le caractère délibéré ou non de cette ouverture restent débattus parmi les historiens.
Combien de temps a duré le siège de Constantinople ?
Le siège ottoman a débuté le 6 avril 1453, et la ville est tombée le 29 mai 1453, soit une durée d'environ cinquante-trois jours.
Qui était le dernier empereur byzantin ?
Constantin XI Paléologue, qui régna de 1449 jusqu'à sa mort lors de la chute de la ville le 29 mai 1453, mettant fin à une lignée impériale qui remontait à Constantin le Grand.
Demandez-leur comment tout s'est achevé
Discutez avec des personnages historiques de leurs derniers jours, dans leurs propres mots.
Entendre leurs derniers mots

