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Élisabeth Ire contre Marie Stuart, reine d'Écosse : les reines rivales qui ne se sont jamais rencontrées
4 juil. 2026Grandes rivalités7 min de lecture

Élisabeth Ire contre Marie Stuart, reine d'Écosse : les reines rivales qui ne se sont jamais rencontrées

Un trône, deux reines, une rivalité menée entièrement par lettre : Élisabeth Ire contre Marie Stuart, reine d'Écosse, et comment elles se sont détruites sans jamais se rencontrer.

Deux reines ont partagé la même île pendant près de trente ans, correspondu sans relâche, comploté l'une contre l'autre par personnes interposées, et ne se sont jamais tenues une seule fois dans la même pièce. Cette absence est l'aspect le plus étrange de cette histoire. Tout le reste, les rébellions, les trois maris de Marie, les lettres chiffrées, l'échafaud de Fotheringhay, s'est déroulé à une distance qu'aucune des deux femmes n'a jamais franchie.

Élisabeth Tudor et Marie Stuart étaient cousines au second degré, toutes deux descendantes d'Henri VII, toutes deux élevées pour régner, et toutes deux convaincues que l'autre était, à un certain niveau, illégitime. Pendant la majeure partie de leur relation, elles s'appelaient mutuellement « sœur » dans leurs lettres, une courtoisie qui survécut aux complots, à l'emprisonnement, et finalement à un mandat d'exécution. L'une des deux allait en mourir.

L'enjeu

Sur le papier, la lutte portait sur un seul siège : le trône d'Angleterre. Élisabeth l'occupait depuis 1558, mais pour l'Europe catholique, elle était la fille d'un mariage illégitime, et donc, aux yeux de Rome, aucunement une reine légitime. Marie, dont la grand-mère Marguerite Tudor était la propre sœur d'Henri VIII, était pour de nombreux catholiques l'héritière légitime, et pour certains, la reine légitime déjà.

Sous la question de la succession se cachait la question plus aiguë de la religion. Élisabeth avait installé l'Angleterre, non sans mal, comme royaume protestant. Marie avait été élevée à la cour de France comme catholique dévote et était retournée en Écosse en 1561 en tant que reine entourée d'une noblesse protestante qui ne lui accordait qu'une confiance conditionnelle. Chaque complot, chaque alliance étrangère, chaque proposition de mariage envisagée par l'une ou l'autre des femmes au cours des décennies suivantes était en réalité un coup dans le même débat : quelle église, et quelle lignée, tiendrait l'île.

Aucune des deux femmes n'avait le luxe de traiter l'autre comme une abstraction. Marie était, pendant la majeure partie du règne d'Élisabeth, la personne qu'un assassin catholique ou une armée d'invasion aurait le plus vraisemblablement couronnée à la place d'Élisabeth. Élisabeth était la geôlière qui se dressait entre Marie et à la fois sa liberté et sa prétention au trône.

Il existait aussi un enjeu plus discret, plus personnel, que les deux reines comprenaient sans jamais le formuler à voix haute : la succession. Élisabeth refusa pendant des décennies de nommer un héritier, craignant, non sans raison, qu'en nommer un donnerait à toute faction ambitieuse d'Angleterre une cour rivale autour de laquelle comploter tant qu'elle vivait encore. Marie, qu'elle l'ait voulu ou non, était ce que l'Angleterre avait de plus proche d'une réponse évidente à une question qu'Élisabeth était déterminée à ne jamais trancher.

Le plaidoyer d'Élisabeth

La position d'Élisabeth, examinée avec bienveillance, est celle d'une femme qui a passé tout son règne à un complot près de tout perdre. Elle avait vu sa propre mère exécutée alors qu'elle était enfant, avait été emprisonnée à la Tour de Londres par sa sœur Marie Ire sous suspicion de trahison, et est montée sur le trône en sachant exactement à quelle vitesse la fortune d'une reine pouvait basculer. Elle n'avait aucune envie d'établir un précédent en exécutant une monarque sacrée, cousine ou non, et elle résista pendant des années à le faire, même alors que son conseil la poussait dans cette direction.

Elle non plus, selon ses propres mots, n'avait jamais désiré cette confrontation. Lorsque Marie s'enfuit en Angleterre en 1568 après avoir perdu son propre trône, Élisabeth avait un argument plausible et bienveillant pour l'accueillir comme une reine consœur en détresse. Au lieu de cela, elle se retrouva à héberger un aimant pour tous les complots catholiques d'Europe, incapable de libérer Marie sans risquer sa propre couronne, et incapable de l'exécuter sans établir un précédent qui pourrait tout aussi facilement se retourner un jour contre Élisabeth elle-même. Sa prudence, qui frustra ses ministres pendant deux décennies, se lit moins comme de la faiblesse que comme le calcul d'une femme consciente du peu de bonnes options dont elle disposait réellement.

Le plaidoyer de Marie

La position de Marie n'est pas moins digne de sympathie. Elle devint reine d'Écosse six jours après sa naissance et reine consort de France à l'adolescence, et vers vingt-cinq ans, elle avait perdu un mari, une couronne française, puis son propre trône écossais, à travers une série de désastres dont elle ne fut que partiellement responsable. Son second mariage, avec l'instable Lord Darnley, sombra dans la violence, et après le meurtre de Darnley à Kirk o' Field en 1567, le remariage rapide de Marie avec le comte de Bothwell, un homme largement soupçonné du meurtre, donna à ses ennemis parmi la noblesse écossaise le prétexte dont ils avaient besoin. Quelle que soit la vérité sur son rôle, qui demeure véritablement contestée, cela suffit à retourner ses propres seigneurs contre elle. Contrainte d'abdiquer en 1567 en faveur de son fils en bas âge et chassée par la rébellion, elle passa en Angleterre en 1568, s'attendant à la protection d'Élisabeth en tant que consœur souveraine et parente.

Ce qu'elle obtint à la place, ce fut dix-neuf années d'assignation à résidence dans une série tournante de châteaux anglais, sans jamais être formellement inculpée d'un crime pendant l'essentiel de cette période. Du point de vue de Marie, cela ressemblait moins à la justice qu'à une détention indéfinie d'une rivale gênante déguisée en hospitalité. Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi une femme retenue pendant près de deux décennies sur le simple soupçon de ce qu'elle pourrait faire, plutôt que pour quoi que ce soit de prouvé qu'elle ait fait, ait fini par se laisser entraîner dans une correspondance avec des gens qui lui promettaient la liberté. Quoi qu'elle ait finalement accepté, elle l'a fait depuis l'intérieur d'une cage à laquelle elle n'avait pas été condamnée.

Élisabeth Ire contre Marie Stuart : les affrontements

Les deux reines se sont affrontées par intermédiaires presque dès le départ. Un sommet en face à face envisagé au début des années 1560 s'effondra au milieu des guerres de religion en France, et ce fut le moment où elles s'approchèrent le plus jamais d'une rencontre. Après cela, la rivalité se poursuivit par lettres, ambassadeurs et complots.

Le complot de Ridolfi de 1571, un projet visant à marier Marie à un duc catholique anglais et à déposer Élisabeth avec l'aide de l'Espagne, se termina par l'exécution du duc et un durcissement de la détention de Marie. Le complot de Throckmorton en 1583 souleva à nouveau la même alarme. En 1584, le conseil d'Élisabeth fit adopter le Bond of Association, un engagement de la noblesse anglaise à traquer et tuer quiconque bénéficierait d'un complot contre la reine, Marie y compris, que celle-ci en ait eu connaissance ou non. Élisabeth aurait, selon certains, laissé entendre au gardien de longue date de Marie, Amias Paulet, qu'il pourrait trouver un moyen plus discret de résoudre le problème sans même de procès ; Paulet refusa, se refusant à prendre une vie sans ordre légal pour le faire.

L'affrontement décisif survint en 1586. Francis Walsingham, le chef des services secrets d'Élisabeth, interceptait et décodait depuis des mois la correspondance clandestine de Marie, et le complot de Babington lui offrit ce dont il avait besoin : une lettre dans laquelle Marie semblait approuver un plan visant à assassiner Élisabeth et à se placer elle-même sur le trône. Marie fut jugée au château de Fotheringhay en octobre de cette année-là et condamnée pour trahison. Élisabeth s'en tourmenta pendant des mois, d'une manière qui exaspérait ses propres conseillers, avant de finalement signer le mandat d'exécution, expédié à Fotheringhay en février 1587. Marie Stuart y fut exécutée, apparemment sereine et défiante jusqu'au bout, vêtue pour l'occasion d'une manière qui fit de sa mort son propre théâtre politique.

Le verdict

Élisabeth a gagné la rivalité dans le seul sens qui comptait tant que les deux femmes étaient en vie. Elle conserva son trône, conserva sa tête, et régna encore seize ans après l'exécution, présidant à la défaite de l'Invincible Armada espagnole et à un âge d'or de la culture anglaise qui porte encore son nom. Marie, à l'inverse, perdit sa liberté, sa réputation, et finalement sa vie à Fotheringhay, ayant passé la meilleure partie de deux décennies prisonnière pour une couronne sur laquelle elle ne s'est jamais assise.

Mais cette victoire coûta à Élisabeth plus qu'elle ne voulait le payer. Elle insista par la suite qu'elle n'avait jamais voulu que le mandat soit exécuté si vite, blâma son secrétaire William Davison de l'avoir envoyé sans son dernier mot explicite, et le fit emprisonner à la Tour de Londres, sa carrière achevée, bouc émissaire public d'une décision qui était pourtant indéniablement la sienne à prendre. L'Europe catholique fut outrée, l'Écosse et la France enregistrèrent de furieuses protestations, et Élisabeth passa le reste de son règne à gérer les retombées d'une mise à mort qu'elle pleurait publiquement et avait ordonnée en privé.

Et Marie, en fin de compte, remporta le débat qui décida réellement de l'avenir de l'Angleterre. Élisabeth ne se maria jamais et mourut sans enfant en 1603. Le trône passa au fils de Marie, Jacques VI d'Écosse, qui devint Jacques Ier d'Angleterre et unit les deux couronnes que sa mère avait passé sa vie à tenter de conserver. Tous les monarques anglais et britanniques depuis descendent de Marie Stuart, et non d'Élisabeth Tudor. Élisabeth a gagné le règne. Marie a gagné la lignée. Deux reines rivales qui n'ont jamais partagé une pièce ont fini par partager, de la manière la plus littérale possible, le même trône.

La propre mère d'Élisabeth connut un sort similaire sur ordre d'Henri VIII ; voir les dernières heures d'Anne Boleyn et la chute de Catherine Howard, une autre reine que la cour Tudor a détruite.

Réponses rapides

Questions fréquentes sur ce sujet

Élisabeth Ire et Marie Stuart, reine d'Écosse, se sont-elles un jour rencontrées en personne ?

Non. Malgré près de trois décennies en tant que reines rivales et cousines, et des années de correspondance où elles s'appelaient « sœur », les deux femmes ne se sont jamais rencontrées en face à face. Un sommet envisagé au début des années 1560 n'a jamais eu lieu, et après 1568, Marie était en détention en Angleterre, ce qui rendait une rencontre politiquement impossible à accorder pour Élisabeth.

Pourquoi Marie Stuart, reine d'Écosse, a-t-elle été exécutée ?

Marie fut condamnée pour trahison après que des lettres interceptées par le réseau d'espionnage de Francis Walsingham eurent montré qu'elle avait approuvé un complot, connu sous le nom de complot de Babington, visant à assassiner Élisabeth Ire et à s'installer sur le trône d'Angleterre. Elle fut jugée au château de Fotheringhay en octobre 1586 et exécutée en février 1587.

Est-il vrai qu'Élisabeth Ire n'avait pas l'intention de signer le mandat d'exécution ?

Élisabeth signa le mandat en février 1587 mais insista par la suite qu'elle n'avait jamais eu l'intention qu'il soit envoyé immédiatement, et elle blâma son secrétaire William Davison pour l'avoir expédié sans son dernier mot. Davison fut emprisonné à la Tour de Londres et sa carrière prit fin, tandis qu'Élisabeth exprima publiquement chagrin et colère face à l'exécution.

Qui a gagné la rivalité entre Élisabeth Ire et Marie Stuart, reine d'Écosse ?

Élisabeth a gagné de son vivant, conservant sa couronne et sa tête. Mais Marie a gagné la partie qui se jouait sur le long terme : son fils Jacques VI d'Écosse hérita du trône d'Angleterre à la mort, sans enfant, d'Élisabeth en 1603, et tous les monarques anglais et britanniques suivants descendent de Marie Stuart, et non d'Élisabeth Tudor.

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