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Et si Napoléon avait gagné à Waterloo ?
4 juil. 2026Et si8 min de lecture

Et si Napoléon avait gagné à Waterloo ?

Napoléon a perdu Waterloo à quelques heures près : une attaque retardée, une interception manquée. Et si les choses avaient tourné autrement ? Une hypothèse contrefactuelle ancrée dans les faits.

Demandez à une douzaine d'historiens militaires quel après-midi de l'histoire européenne a été le plus rejoué, le plus disséqué, et bon nombre d'entre eux désigneront le même lopin de campagne belge, au sud de Bruxelles. Napoléon Bonaparte y perdit le 18 juin 1815, et cette défaite mit fin non seulement à une bataille, mais à tout un projet politique. Ce qui fait de Waterloo un terrain si fertile pour la contre-histoire, c'est que la marge fut réellement mince. Il ne s'agit pas ici d'effacer par la pensée un siècle d'écart technologique. Il s'agit de se demander ce qui se serait passé si une poignée d'heures, et quelques décisions prises par des hommes que l'on peut nommer, avaient tourné autrement.

Ce qui s'est réellement passé

Dès mars 1815, Napoléon s'était échappé de son exil sur l'île d'Elbe, avait débarqué sur la côte française et marché sur Paris sans qu'un seul coup de feu ne soit tiré contre lui, poussant Louis XVIII à fuir et rouvrant une guerre que la majeure partie de l'Europe croyait terminée. Les puissances réunies au congrès de Vienne, dont la Grande-Bretagne, l'Autriche, la Prusse et la Russie, le déclarèrent hors-la-loi et commencèrent à mobiliser ce qui allait devenir la Septième Coalition. La meilleure chance de Napoléon était de frapper avant que les armées autrichienne et russe, bien plus nombreuses, ne puissent atteindre la France depuis l'est ; il se porta donc en Belgique actuelle pour vaincre séparément l'armée anglo-alliée du duc de Wellington et l'armée prussienne du maréchal Gebhard von Blücher, avant qu'elles ne puissent faire jonction.

Le 16 juin, les forces françaises battirent les Prussiens à Ligny tandis que le maréchal Ney livrait à l'avant-garde de Wellington un combat indécis à Quatre-Bras. L'armée de Blücher se replia, mais pas vers l'est et ses propres lignes de ravitaillement, comme on aurait pu l'attendre d'une force vaincue. Elle se retira vers le nord, en direction de Wavre, conservant ainsi la possibilité de marcher au secours de Wellington. Napoléon détacha environ un tiers de son armée, sous les ordres du maréchal Emmanuel de Grouchy, pour pourchasser les Prussiens et les tenir à l'écart de la bataille à venir. Grouchy poursuivit avec prudence et ne parvint jamais à bloquer la marche prussienne vers Waterloo.

Au matin du 18 juin, de fortes pluies tombées durant la nuit avaient détrempé le sol, rendant les manœuvres de cavalerie et d'artillerie difficiles, et Napoléon aurait retardé son assaut principal contre la position de Wellington, installée sur une crête, jusque vers midi, le temps que le terrain se raffermisse. La bataille qui suivit comprit un assaut français coûteux et largement diversionnaire contre la ferme fortifiée de Hougoumont, une attaque d'infanterie majeure menée par le général d'Erlon qui fut repoussée, et une série de charges massives de la cavalerie française contre l'infanterie de Wellington, qui avait formé des carrés défensifs. Sans le soutien coordonné de l'infanterie et de l'artillerie, la cavalerie ne parvint pas à les rompre. En milieu et en fin d'après-midi, les corps prussiens du général von Bülow commencèrent à arriver sur le flanc droit français, près de Plancenoit, contraignant Napoléon à détourner des réserves pour les contenir. En début de soirée, il engagea sa dernière réserve, la Garde impériale, contre le centre affaibli de Wellington. Elle fut repoussée. Le cri annonçant que la Garde reculait se répandit dans les rangs français, le moral s'effondra, et ce qui n'était encore qu'une bataille se transforma en déroute, achevée par une poursuite prussienne acharnée tout au long de la nuit.

Napoléon rentra à Paris, constata l'effondrement de son soutien politique et abdiqua pour la seconde fois le 22 juin 1815. Il tenta de rejoindre les États-Unis, se heurta aux navires britanniques qui bloquaient la côte, et se rendit finalement à la Royal Navy. Il fut exilé sur l'île isolée de Sainte-Hélène, dans l'Atlantique Sud, où il mourut en 1821.

Le point de divergence

Parmi les nombreux éléments qui faillirent tourner autrement ce jour-là, celui auquel les historiens reviennent le plus souvent est la poursuite des Prussiens par Grouchy. Napoléon lui avait confié une mission réelle et défendable : maintenir l'armée de Blücher à l'écart de celle de Wellington pendant que le gros des forces françaises achevait la ligne anglo-alliée. Ce n'était pas un plan déraisonnable, et il avait bien failli fonctionner. On peut plausiblement imaginer un Grouchy marchant plus vite, ou interprétant correctement le bruit du canon à Waterloo, et parvenant soit à intercepter le corps de Bülow durant sa marche d'approche, soit à mener une action retardatrice qui aurait tenu les effectifs prussiens à l'écart du champ de bataille plusieurs heures de plus.

Accordez à Napoléon ces quelques heures, et la physionomie de l'après-midi change. Sans cette saignée sur son flanc droit à Plancenoit, une plus grande partie de la Garde impériale et de la cavalerie de réserve restent disponibles pour un assaut concentré contre le centre de Wellington, précisément au moment où celui-ci est déjà affaibli par les combats de la journée. Il est raisonnable de penser qu'un tel assaut, correctement soutenu plutôt que lancé par fragments, aurait pu rompre la ligne anglo-alliée avant la tombée de la nuit.

Un second point de divergence, moins souvent avancé, mérite d'être mentionné honnêtement, car il est fréquemment cité et tout aussi fréquemment surestimé : le retard de l'attaque principale jusqu'à la mi-journée. Certains récits en attribuent la cause au sol détrempé par la pluie, avançant qu'un départ plus matinal aurait donné à Napoléon davantage d'heures de jour pour venir à bout de Wellington avant même qu'un corps prussien ne soit à portée. C'est un facteur plausible, mais moins solide que la poursuite de Grouchy, car le terrain avait réellement besoin de temps pour se raffermir avant que cavalerie et artillerie puissent seulement opérer, et lancer une attaque dans une boue profonde plus tôt dans la matinée comportait ses propres coûts bien réels. Pris ensemble, ces deux éléments pointent dans la même direction : le plan de Napoléon était solide dans ses grandes lignes, et ce sont quelques heures, plutôt qu'un défaut fondamental de son art de la guerre, qui l'ont défait.

L'enchaînement des conséquences

Si la position de Wellington s'effondre ce soir-là faute de renfort prussien, le résultat immédiat et le plus plausible est une retraite anglo-alliée désordonnée vers Bruxelles et la côte, non une déroute de l'ampleur de celle que subit réellement l'armée française. Napoléon disposerait alors d'une véritable victoire à annoncer à Paris, et pour la première fois depuis son retour, le terrain politique sous ses pieds aurait pu se raffermir au lieu de se fissurer. Une armée française meurtrie mais intacte et victorieuse achète du temps, et le temps était précisément ce dont son régime restauré avait désespérément besoin.

Ce qu'une seule bataille remportée ne fait vraisemblablement pas, c'est mettre fin à la guerre. L'armée autrichienne de Schwarzenberg et l'armée russe de Barclay de Tolly marchaient déjà vers le Rhin, et aucune des deux ne se trouvait à proximité de Waterloo. Ces armées réunies écrasaient tout ce que la France pouvait aligner en 1815, après deux décennies de guerre quasi ininterrompue qui avaient déjà épuisé ses hommes et ses finances. Le blocus naval britannique et ses subsides à la coalition restaient, eux, totalement indifférents aux événements survenus sur une crête belge. Une victoire à Waterloo contraint vraisemblablement la coalition à se réorganiser et ralentit son avance en France de plusieurs semaines, peut-être jusqu'à l'automne, et donne vraisemblablement à Napoléon les moyens d'ouvrir des négociations depuis une position autre que l'effondrement total. Elle ne lui offre vraisemblablement pas une paix durable selon ses propres conditions, et elle ne restaure vraisemblablement pas l'empire de 1810.

Se pose aussi la question de ce qu'un Blücher vaincu mais non détruit aurait fait ensuite. Dans les faits, l'armée prussienne arriva à Waterloo animée par la colère, ayant été malmenée à Ligny deux jours plus tôt, et Blücher aurait été bien décidé à prendre sa revanche quel qu'en soit le risque. Il est raisonnable de penser que même une victoire française le 18 juin n'aurait pas retiré les Prussiens de la guerre. L'armée de Blücher, renforcée et ravitaillée, se serait vraisemblablement réorganisée en quelques jours plutôt qu'en quelques semaines, ce qui signifie que tout avantage français acquis ce soir-là aurait eu une durée de vie limitée, avant que les forces prussiennes ne reviennent sur le terrain, probablement aux côtés des Autrichiens et des Russes qui approchaient, plutôt qu'avant eux.

Là où s'arrête la spéculation

C'est ici que la chaîne imaginée doit cesser de prétendre en savoir plus qu'elle n'en sait réellement. Nous ne pouvons pas savoir si la ligne de Wellington aurait effectivement cédé, seulement qu'il s'agit d'une hypothèse défendable, tant le combat réel fut déjà disputé de près au soir de cette journée. Nous ne pouvons pas savoir comment les Chambres françaises, déjà mal à l'aise face au retour de Napoléon, auraient réagi à une victoire coûteuse plutôt qu'à une déroute pure et simple, même si un retour à Paris en vainqueur plutôt qu'en fugitif était clairement la meilleure des deux issues qui s'offraient à lui. Ce que l'on peut affirmer avec davantage de confiance, c'est que les problèmes structurels plus profonds de la France de 1815, une population et un trésor épuisés par la guerre, une classe politique qui ne s'était jamais pleinement ralliée à son second règne, et une coalition capable de lever sans cesse de nouvelles armées, ne disparaissent pas parce qu'une bataille se déroule différemment. La plupart des historiens qui se sont penchés sur ce scénario arrivent à peu près à la même conclusion : à Waterloo, Napoléon se battait pour gagner du temps, pas pour la guerre elle-même, et une victoire ce jour-là aurait très probablement retardé le dénouement plutôt que de le réécrire.

Rien de tout cela ne constitue une affirmation sur ce qui s'est réellement passé. Il s'agit d'une expérience de pensée informée, construite sur un véritable point de bascule, d'un changement plausible ancré dans ce que Napoléon a réellement tenté et dans la manière dont il a bien failli réussir, et d'un regard honnête sur les contraintes, hommes, argent et volonté politique, qui auraient façonné la suite. L'histoire a donné à Napoléon une averse de milieu de matinée, un maréchal prudent, et une armée prussienne arrivée juste assez en retard pour que cela compte. Décalez l'un de ces éléments de quelques heures, et le récit de ce dimanche change. Décalez l'arithmétique sous-jacente d'une France épuisée face à un continent encore en pleine mobilisation, et il ne change probablement pas.

Réponses rapides

Questions fréquentes sur ce sujet

Que s'est-il réellement passé à la bataille de Waterloo ?

Le 18 juin 1815, l'Armée du Nord de Napoléon attaqua l'armée anglo-alliée du duc de Wellington près du village de Waterloo, au sud de Bruxelles. La ligne de Wellington tint bon tout l'après-midi, les forces prussiennes du maréchal Blücher arrivèrent de l'est pour le renforcer, et l'assaut final de Napoléon, mené par la Garde impériale, fut repoussé, provoquant l'effondrement général de l'armée française.

Napoléon aurait-il pu plausiblement gagner à Waterloo ?

Oui, au sens restreint où plusieurs éléments qui ont failli tourner autrement ont joué contre lui : une attaque matinale retardée, l'échec du maréchal Grouchy à empêcher les Prussiens d'atteindre le champ de bataille, et des charges de cavalerie non soutenues qui ne parvinrent pas à rompre l'infanterie anglo-alliée. Les historiens s'accordent généralement à dire que la marge fut assez mince pour qu'une issue différente, ce jour-là précisément, reste plausible.

Si Napoléon avait gagné à Waterloo, la France aurait-elle gagné la guerre ?

Probablement pas de manière définitive. Même une victoire sur le champ de bataille n'aurait pas arrêté les armées autrichienne et russe de la Septième Coalition, bien plus nombreuses, qui marchaient alors vers la France, et le soutien politique de Napoléon à Paris était déjà fragile. La plupart des historiens estiment qu'une victoire à Waterloo aurait gagné des semaines ou des mois, mais pas une victoire durable.

Qu'est devenu Napoléon après Waterloo ?

Napoléon retourna à Paris, abdiqua pour la seconde fois le 22 juin 1815, et tenta de fuir la France. Il se rendit aux Britanniques et fut exilé sur l'île isolée de Sainte-Hélène, dans l'Atlantique Sud, où il mourut en 1821.

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