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Les dernières heures de Jules César
4 juil. 2026Dernières heures7 min de lecture

Les dernières heures de Jules César

Le cauchemar d'une épouse, l'avertissement d'un devin, et la séance du Sénat qu'il faillit manquer : les dernières heures avant l'assassinat de Jules César et ses 23 coups de poignard.

Au soir du 14 mars 44 av. J.-C., Jules César dîna chez Marcus Aemilius Lepidus, son second et bientôt l'un des trois hommes qui se partageraient Rome après sa mort. Les auteurs anciens rapportent que la conversation, ce soir-là, glissa, comme le font les conversations de dîner, vers la meilleure sorte de mort à connaître. César, n'écoutant qu'à moitié tout en signant des lettres, aurait levé les yeux et répondu sans trop y réfléchir : une mort soudaine et inattendue. Il allait obtenir exactement cela dans les dix-huit heures environ, dans une salle bâtie par l'homme qu'il avait vaincu dans une guerre civile quelques années plus tôt.

La nuit précédente

César avait 55 ans et se trouvait, sur le papier, au sommet de sa puissance. Il avait franchi le Rubicon cinq ans plus tôt, vaincu les forces de Pompée, gracié la plupart de ses ennemis romains plutôt que de les exécuter, et accepté, en février de cette même année, le titre de dictateur à vie. Il était aussi, selon tous les témoignages, épuisé, et prévoyait de quitter la ville dans trois jours pour mener une longue campagne contre les Parthes.

Le sommeil de cette nuit-là fut, semble-t-il, mauvais des deux côtés du lit conjugal. L'épouse de César, Calpurnia, fit des rêves intenses et se réveilla bouleversée. Les sources anciennes divergent sur les détails : dans une version, elle rêve que le fronton de leur maison s'effondre, dans une autre, qu'elle tient son mari assassiné dans ses bras. Suétone ajoute que les portes et les volets de la propre chambre de César se seraient ouverts d'eux-mêmes durant la nuit, et que César lui-même se réveilla suffisamment troublé pour envisager de ne pas sortir le lendemain.

Rien de tout cela n'était considéré comme inhabituel pour l'époque. Les Romains prenaient les rêves et les présages au sérieux, et César, quelques semaines plus tôt, avait déjà reçu un avertissement précis dont s'inquiéter.

Le matin où il faillit rester chez lui

Un devin nommé Spurinna avait dit à César de se méfier des ides de mars, le 15, quelque temps auparavant ce printemps-là. Le matin même, en se rendant au Sénat, César aurait aperçu Spurinna dans la foule et plaisanté en disant que les ides étaient arrivées et qu'il ne s'était rien passé. La réponse du devin, telle que rapportée par des auteurs ultérieurs, fut mesurée plutôt que triomphante : elles étaient arrivées, oui, mais elles n'étaient pas encore passées.

Un sacrifice fut célébré ce matin-là, comme l'exigeait la coutume avant toute affaire publique, et les présages furent, semble-t-il, mauvais - selon certains récits, la victime fut trouvée sans cœur. Combiné au désarroi de Calpurnia, cela suffit apparemment. César décida de faire savoir au Sénat que la séance était reportée.

Cette décision ne tint pas. Decimus Junius Brutus Albinus, un général ayant servi sous César en Gaule et suffisamment digne de confiance pour être nommé dans son testament, et qu'il ne faut pas confondre avec le plus célèbre Marcus Junius Brutus, arriva chez lui ce matin-là spécifiquement pour le dissuader de rester à la maison. Il fit valoir que des sénateurs avaient fait le déplacement et s'étaient réunis spécifiquement pour César, qu'un report fondé sur le rêve d'une épouse attirerait le ridicule, et que le Sénat était censé lui offrir formellement, lors de cette même séance, une couronne à usage exclusif des provinces orientales, un prix qu'il n'était guère susceptible de vouloir différer. César accepta de s'y rendre. Decimus Brutus faisait partie des quelque soixante sénateurs impliqués dans le complot visant à le tuer.

Vers le théâtre de Pompée

L'ancienne salle du Sénat de Rome, la Curie Hostilia, avait brûlé quelques années plus tôt lors d'émeutes de rue, et sa reconstruction, ironiquement commandée par César lui-même, n'était pas encore achevée. Le Sénat se réunit à la place dans une salle attenante au théâtre de Pompée, un complexe bâti par le général que César avait vaincu lors de la guerre civile et qui abritait encore une grande statue de lui.

César s'y rendit en litière, à travers des rues qui, selon la tradition, étaient pleines de gens tentant de l'atteindre avec des pétitions et des messages, comme il était normal pour un homme de son rang. Parmi eux se trouvait un professeur de rhétorique grec nommé Artémidore de Cnide, qui aurait appris certains détails du complot et préparé un rouleau nommant les conjurés, destiné à César seul. Il le lui remit alors qu'il approchait de l'entrée. César, submergé par une pile de pétitions similaires qu'on lui remettait constamment, ne le lut pas.

Près de la porte, un sénateur nommé Popillius Laenas prit César à part et lui parla longuement et de près. Les conjurés à proximité, qui observaient la scène, crurent un instant que leur plan avait été découvert et envisagèrent de se donner la mort plutôt que d'affronter une arrestation. Popillius, s'avéra-t-il, parlait en réalité de tout autre chose.

L'assassinat de Jules César

César prit son siège. Des sénateurs se pressèrent autour de lui, prétendument pour appuyer une pétition de l'un des leurs, Tillius Cimber, demandant le rappel de son frère exilé. César aurait écarté la requête d'un geste. Cimber saisit alors la toge de César et la tira vers le bas depuis son cou, le signal convenu. Un sénateur nommé Casca porta le premier coup, une blessure superficielle près du cou ou de l'épaule, et César aurait saisi le bras de son agresseur et l'aurait poignardé avec le stylet de métal qu'il utilisait pour écrire, en criant qu'il s'agissait là d'une violence.

Après ce premier coup, le reste des conjurés se referma sur lui. César tenta apparemment brièvement de se libérer et de fuir, puis, apercevant son vieil allié Marcus Junius Brutus parmi ses agresseurs, aurait cessé de résister. Suétone, s'appuyant sur une source proche des événements, rapporte que César ramena un pan de sa toge sur sa tête et le laissa retomber pour couvrir aussi ses jambes, afin de mourir avec un peu de dignité, et qu'il ne dit plus rien, tout en ajoutant que d'autres affirmaient que César s'était adressé à Brutus en grec. Il s'effondra au pied de la statue de Pompée.

Le médecin Antistius examina par la suite le corps et compta, rapporte-t-on, 23 blessures. Parmi celles-ci, selon lui, une seule, une deuxième blessure à la poitrine, fut jugée mortelle à elle seule. Pendant ce temps, à l'extérieur de la salle, l'un des conjurés aurait retenu Marc Antoine dans une conversation pour l'empêcher d'intervenir ou de donner l'alarme.

La fin

La séance du Sénat sombra dans la panique. La plupart des sénateurs qui ne faisaient pas partie du complot fuirent la salle dès le début de l'attaque, certains piétinés dans la bousculade. Les conjurés, plusieurs d'entre eux blessés les uns par les autres dans la mêlée de l'attaque, sortirent dans le Forum, armes ensanglantées brandies, proclamant le tyran mort et appelant Rome à célébrer sa liberté retrouvée. La réaction de la foule ne fut pas celle qu'ils espéraient : le silence, puis la fuite, les Romains ordinaires préférant se calfeutrer chez eux plutôt que de prendre parti.

Le corps de César resta là où il était tombé pendant un certain temps. Aucun sénateur ni magistrat ne s'avança immédiatement pour le réclamer, et la salle se vida, semble-t-il, autour de lui. Plus tard ce jour-là, selon les récits qui nous sont parvenus, trois de ses propres esclaves vinrent avec une litière et transportèrent le corps chez lui à travers les rues, un bras pendant sur le côté, jusqu'à Calpurnia.

Reconstituer les faits

Rien de ce qui s'est passé ce jour-là ne provient d'un témoignage oculaire couché par écrit à l'époque même. Les récits sur lesquels s'appuient aujourd'hui les historiens, principalement Suétone et Plutarque, écrivant environ un siècle et demi plus tard, ainsi qu'Appien et Cassius Dion, écrivant plus tard encore, s'appuyaient sur des histoires antérieures aujourd'hui perdues, dont celle de Nicolas de Damas, écrivant quelques décennies seulement après les événements et souvent cité comme le plus ancien récit conservé de ceux-ci. Là où ces auteurs plus tardifs divergent, sur le contenu exact du rêve de Calpurnia, sur le fait que César ait dit quelque chose en mourant, sur l'ordre précis dans lequel les sénateurs frappèrent, les historiens signalent généralement le désaccord plutôt que de trancher.

Ce qui subsiste avec plus de certitude, c'est la forme de cette journée : les avertissements offerts puis écartés, l'ami qui persuada un homme hésitant de marcher droit dans un piège, la pétition devenue signal, et un décompte de blessures assez précis pour suggérer qu'il provient de quelqu'un ayant réellement examiné le corps plutôt que de simplement répéter une légende. César avait passé sa carrière à braver des présages qui auraient dissuadé d'autres hommes. Le seul matin où cela aurait pu compter, il fit de nouveau la même chose, et n'y survécut pas.

Ce meurtre ne restaura pas la République que ses assassins prétendaient sauver. Il ouvrit treize années supplémentaires de guerre civile et se termina, finalement, exactement par le genre de pouvoir personnel dont on avait accusé César de rêver, détenu cette fois par son héritier adoptif.

L'ascension de cet héritier acheva la reine qui s'était alliée à César puis à Antoine ; voir les dernières heures de Cléopâtre. Pour un autre type de scénario contrefactuel, voir si Jules César vivait aujourd'hui.

Réponses rapides

Questions fréquentes sur ce sujet

Quels furent les derniers mots de Jules César ?

Personne aujourd'hui ne peut l'affirmer avec certitude. Le « Toi aussi, Brutus » de Shakespeare est une invention littéraire, et non une phrase tirée d'une source romaine. L'historien Suétone, écrivant environ un siècle et demi plus tard, rapporte que, selon certains, César se serait adressé à Brutus en grec par une formule signifiant toi aussi, mon enfant, mais ajoute que d'autres soutenaient qu'il n'avait rien dit du tout et s'était simplement couvert la tête de sa toge en tombant.

Combien de fois Jules César fut-il poignardé ?

Vingt-trois fois, selon le médecin Antistius, qui examina le corps par la suite. Antistius aurait conclu qu'une seule blessure, un deuxième coup à la poitrine, était mortelle à elle seule, ce qui signifie que César aurait pu, en théorie, survivre à une attaque moindre.

César a-t-il ignoré des avertissements sur sa mort imminente ?

Oui, plusieurs. Son épouse Calpurnia le supplia de rester chez lui après un rêve troublant, le devin Spurinna l'avait déjà averti des semaines plus tôt de se méfier des ides de mars, et un professeur grec nommé Artémidore tenta de lui remettre un rouleau nommant les conjurés alors qu'il entrait dans la salle du Sénat. César écarta tout cela.

Pourquoi le Sénat se réunit-il en dehors de sa salle habituelle ?

L'ancienne salle du Sénat de Rome, la Curie Hostilia, avait brûlé des années plus tôt, et son remplacement était encore en construction ; le Sénat se réunit donc ce jour-là dans une salle attenante au théâtre de Pompée. César fut tué sous une statue de Pompée, le rival qu'il avait vaincu lors de la guerre civile.

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